19/08/2026
On a parlé de son chant, de sa longue vie souterraine. Mais entre les deux se joue l'un des spectacles les plus saisissants de la nature méditerranéenne : la naissance de la cigale adulte, sa toute dernière mue 🎶
LA SORTIE DE TERRE, DE NUIT :
Après quatre à cinq ans passés dans le noir à téter les racines, la larve mûre creuse les derniers centimètres qui la séparent de l'air libre. Elle choisit souvent la nuit ou le petit matin, plus sûrs, à l'abri des prédateurs et de la chaleur. À la surface, elle se dirige vers un support, une tige, un tronc, un mur, une clôture, y grimpe et s'immobilise, tête en haut. Le plus dangereux commence.
LE DOS QUI S'OUVRE :
Par des contractions répétées, la peau de son dos finit par se fendre. Lentement, la tête puis le thorax émergent, d'un vert pâle nuancé de jaune, et l'insecte bascule en arrière, tête en bas. À ce stade, ses ailes ne sont encore que de petits moignons froissés. Puis un liquide, l'hémolymphe, vient les gorger : elles se tendent, se déplient, s'étalent, comme on ouvrirait un éventail délicat.
TROIS HEURES DE FRAGILITÉ :
L'extraction complète demande environ une demi-heure. Mais il faudra encore près de trois heures pour que la cigale prenne ses couleurs définitives et que ses ailes durcissent assez pour voler. Durant tout ce temps, molle et pâle, elle est totalement sans défense. Puis elle s'envole enfin, et le mâle, aussitôt, se met à chanter. Derrière elle, accrochée à l'écorce, elle abandonne sa dépouille : cette petite coque vide, c'est l'exuvie.
Alors si tu trouves une de ces coques translucides sur un tronc, ne la balaie pas d'un revers de main. Tu tiens le souvenir exact d'une naissance, celle d'un insecte qui a attendu cinq ans pour vivre un seul été.