09/08/2022
Nicolas Sarthou, apiculteur à Pissos, dans les Landes, est venu à ma rencontre pour développer un projet d’habitat en lien avec son exploitation « La Ruche Bio ».
C’est une exploitation agricole dont le cœur de métier est l’apiculture. Elle possède environ 250 ruches ce qui en fait une entreprise familiale et locale.
L’apiculteur m’expose son souhait de construire son logement à l’intérieur de son hangar d’exploitation afin de pouvoir être sur place pour accompagner ses abeilles dans la production de ses produits apicoles dans les meilleures conditions possibles.
Il m’expose avec passion son métier et tous les moyens qu’il met en œuvre pour respecter ses abeilles et leur environnement, nécessaire pour le façonnage d’un miel de qualité.
Il me fait part de ses inquiétudes pour l’évolution de son savoir-faire car depuis quelques années, il devient de plus en plus complexe de produire du miel à cause du changement climatique. Sa production chute considérablement d’année en année.
Surmortalité des abeilles, phénomène de disette, multiplication des transhumances apicoles nocturnes… autant de facteurs cumulés qui nécessitent aujourd’hui une présence de tous les instants pour gérer le bon déroulement de la vie de ses colonies.
Ce métier fait partie des premiers à prendre de plein fouet le réchauffement climatique et donc remettant fondamentalement en question sa pratique.
Plus qu’un producteur de miel, cet apiculteur est un gardien de ces pollinisateurs indispensables à l’équilibre de notre écosystème.
Touché par cette rencontre, je m’engage auprès de ce client afin de l’aider à concrétiser son projet d’habitat.
Situé en zone N selon le plan local d’urbanisme, l’habitat est autorisé à condition d’être nécessaire à une exploitation agricole.
Avec les conseils de la mairie, nous établissons une demande de certificat d’urbanisme opérationnel afin de valider la faisabilité de son projet.
Nous développons bien dans cette demande les enjeux liés à sa pratique et l’évolution du climat.
L’audace de s’implanter à l’intérieur du bâti déjà existant de l’exploitation agricole permet d’éviter l’artificialisation des sols et de profiter des infrastructures existantes pour limiter l’impact sur le paysage.
Le projet s'inscrit prioritairement dans une préservation du patrimoine paysager et la pratique optimale de l'exploitation agricole.
Après 2 mois d’attente, nous subissons un rejet des services instructeurs ; le projet n’est pas réalisable.
L’argumentaire reste fallacieux notamment sur le risque de feu de forêt. Initialement, l’exploitation elle-même était un risque pour les feux de forêt et elle a été autorisée. Et la présence humaine serait au contraire, une diminution de ce risque.
De plus, « les éléments du dossier ne permettent pas de démontrer la nécessite d’une présence rapprochée et permanente pour le fonctionnement de l’activité ».
Le message politique est très clair. Mais il n’est pas entendable.
Il se trouve que pour tout autre type d’élevage (moutons ou autre) ce genre de projet serait accepté. L’apiculture n’est visiblement pas considérée comme un élevage et cette pratique semble être mise à part, si ce n’est dénigrée, par les chambres d’agriculture.
Plus qu’une production de denrée alimentaire, c’est une pratique indispensable à l’équilibre de la biodiversité.
Je n’accepte pas que les pouvoirs publics ne favorisent pas ce genre de projet surtout en situation d’urgence climatique. Ce n’est plus une problématique du futur mais bien un problème actuel maintenant.
Il est plus que nécessaire d’aider, de mettre en avant ce genre de projet porté par des personnes passionnées par leur métier et qui se trouvent plus que jamais acteurs dans l’édification d’une société raisonnée dont le monde a besoin aujourd’hui.
Aujourd’hui, cet apiculteur est découragé par ce genre de décision. Il remet en question ses choix et sa pratique d’apiculteur. De plus avec la canicule récente, la majorité de ses colonies a été dévastée.
Ce genre de décision invite clairement à être dans des dynamiques de désobéissance civile.
"La crise consiste justement dans le fait que l'ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés."
Antonio Gramsci