26/06/2026
👉[PORTRAIT]
Vous l'avez peut-être déjà entendue chanter, vue sur scène, ou simplement été touché par sa musique…
Cette semaine, Chantal Laxenaire est à l'honneur dans le dernier numéro du Saint-Quentin Mag. Une belle occasion de (re)découvrir le parcours de cette artiste libre – chanteuse, musicienne, comédienne et pédagogue – complice de longue date de la Compagnie L'Echappée.
Sa voix, ses compositions et son regard artistique sont au cœur de nombreuses créations de la compagnie : 𝘏𝘢𝘶𝘵𝘦-𝘈𝘶𝘵𝘳𝘪𝘤𝘩𝘦, 𝘓𝘦𝘴 𝘋𝘢𝘮𝘦𝘴 𝘣𝘶𝘪𝘴𝘴𝘰𝘯𝘯𝘪𝘦̀𝘳𝘦𝘴, 𝘗𝘶𝘵𝘢𝘪𝘯 𝘥'𝘝𝘪𝘦, 𝘗𝘪𝘦𝘳𝘳𝘦 𝘥𝘦 𝘗𝘢𝘵𝘪𝘦𝘯𝘤𝘦, 𝘐𝘤𝘢𝘳𝘦, 𝘣𝘳𝘶𝘪𝘴𝘴𝘦𝘯𝘵 𝘵𝘦𝘴 𝘢𝘪𝘭𝘦𝘴 𝘦𝘵 𝘳𝘢𝘯𝘨𝘦 𝘵𝘢 𝘤𝘩𝘢𝘮𝘣𝘳𝘦, 𝘈̀ 𝘭𝘢 𝘭𝘪𝘨𝘯𝘦, 𝘚𝘰𝘶𝘷𝘦𝘯𝘪𝘳𝘴 𝘥'𝘦́𝘵𝘦́, 𝘌𝘴𝘤𝘢𝘱𝘢𝘥𝘦(𝘴) 𝘮𝘶𝘴𝘪𝘤𝘰-𝘱𝘰𝘦́𝘵𝘪𝘲𝘶𝘦𝘴, 𝘈̀ 𝘭𝘢 𝘳𝘦𝘤𝘩𝘦𝘳𝘤𝘩𝘦 𝘥𝘦 𝘑𝘢𝘤𝘲𝘶𝘦𝘴 𝘉., etc. Autant de spectacles pour lesquels elle a imaginé des univers sonores et dramaturgiques, en co-écriture musicale, et qu’elle interprète en direct sur le plateau aux côtés des comédiens.
À travers les chants du monde, les musiques populaires et une recherche artistique toujours en mouvement, Chantal nous invite au voyage et rappelle que la musique est avant tout une formidable histoire de partage.
Un beau portrait, à l’image de son parcours et de son talent ✨
SQM n°438 - L'invité de Mousset
Inlassablement, Emmanuel Mousset poursuit ses rencontres avec celles et ceux qui façonnent l'histoire de notre ville. Cette fois, c'est Chantal Laxenaire qui se prête au jeu du portrait. Chanteuse, musicienne, comédienne et pédagogue, l'artiste installée à Saint-Quentin depuis plus d'un quart de siècle a tracé un parcours singulier, guidé par la passion, la liberté et le goût de la transmission.
Chantal Laxenaire est chanteuse, musicienne et comédienne. Elle résume ses multiples talents en une formule qui lui va : "Je suis une musicienne de théâtre."
L'artiste nous vient des Vosges, née à Vagney, 3 843 habitants. à 7 ans, c'est décidé : "Je veux être chanteuse ou fermière." Son premier instrument est un piano d'enfant qu'elle a gardé. Chez ses grands-parents, il y a un vrai, grand et beau piano sur lequel elle essaie de jouer. à 9 ans, c'est le piano à bretelles qui fait sa joie : un cousin lui prête son accordéon.
La révélation musicale a lieu au collège : son professeur de lettres l'incite à s'inscrire au club guitare, elle découvre le répertoire de la chanson française. "Ma vie a été changée." Mais la fermière est toujours présente :
Chantal prépare un BEP agricole. Elle reste attachée à la terre et à la nature, encore aujourd'hui. Longtemps, elle a été complexée de n'avoir pas suivi d'études : c'est qu'à Vagney il n'y a pas de conservatoire ! Malgré tout, elle garde à l'esprit ses deux passions, la musique et le théâtre qu'elle pratique en amateur. Au décès de son père, Chantal Laxenaire aide sa mère dans son commerce de détail jusqu'à 26 ans.
En 1990, elle monte à Paris pour prendre des cours de théâtre. "Je voulais voir de l'autre côté des montagnes pour ne pas risquer de m'ennuyer dans mon village." Chantal ne connaît personne dans la capitale, galère pendant dix ans dans des petits boulots. Une découverte cependant, un nouveau bouleversement dans sa vie à l'occasion d'un stage de chants populaires italiens : "J'aime cette langue qui va bien avec ce type de chants. De tradition orale, ils ne nécessitent pas une éducation musicale. Le corps s'en imprègne et les restitue." Chantal Laxenaire prend conscience qu'être autodidacte permet de développer des qualités qu'un apprentissage scolaire aurait peut-être étouffées.
Du Mississippi à la Méditerranée, des berges sardes aux riffs du blues
Notre chanteuse est sur scène une femme de tête qui cache une timidité dans la vie. Le milieu parisien n'est pas son monde. Passer des auditions ne lui convient guère. à partir de l'an 2000, elle va voir du côté de la Picardie pour exercer ses talents. C'est la rencontre avec le metteur en scène Didier Perrier et la compagnie "L'Echappée" avec laquelle elle va beaucoup œuvrer. De comédienne qu'elle était à ses débuts, Chantal Laxenaire se rend compte qu'elle est plus à l'aise dans la chanson. Depuis 25 ans maintenant, sa grande créativité est reconnue à Saint-Quentin et dans toute la région.
Son premier instrument est sa voix : "C'est sensible, intime, impudique, une voix. La mienne est d'une grande tessiture, comme une broderie avec des petits et des grands points. Je sens que ma voix touche mon public." Son objectif, c'est d'arriver à une poésie musicale. Dans la pièce "Fermé pour cause de guerre", Chantal Laxenaire a même inventé une langue qui n'a aucun sens mais qui en prend un pour les spectateurs grâce à l'arrangement et à la vibration de la voix. "Je pourrais interpréter le bottin téléphonique !" Elle éprouve un regret : "Le micro et la radio ont tué la chanson. Autrefois, les ouvriers et les paysans chantaient. Aujourd'hui, on ne chante plus, on écoute." C'est à se demander si nos contemporains poussent encore la chansonnette sous la do**he ou dans leur bain !
Chantal Laxenaire se sent proche de Barbara et de Colette Magny. Son inspiration est cosmopolite et le texte a son importance. Du Mississippi à la Méditerranée, des berges sardes aux riffs du blues, elle met en paroles les désirs et les peines des femmes et des hommes, l'amour, l'émigration. Ses interprétations sont charnelles, sensuelles, telluriques, pleines de cette énergie qui vient de la Terre, de la nature et des corps. Toujours soucieuse d'apprendre, Chantal participe à des stages jusqu'au Maroc ou au sud de l'Inde pour s'initier auprès d'un maître au chant carnatique.
Ne cherchez pas à l'enfermer dans un rôle, même celui de chanteuse engagée, rebelle ou féministe : elle est trop comédienne pour ça. "J'aime surprendre, être là où l'on ne m'attend pas." Son spectacle intitulé "J'ai toujours rêvé d'être une chanteuse de variétés" répond bien à cette intention, elle dont l'anti-modèle est pourtant Karen Cheryl. C'est qu'elle se souvient de son enfance à regarder les émissions des Carpentier, à aimer Sheila et Sylvie Vartan, comme toutes ces femmes des années 60 et 70, dans leur cuisine à écouter le transistor. Chantal Laxenaire leur rend un émouvant hommage.
Changement de décor avec "Prison's Blues" où la forte femme prend la tête d'une équipe de musiciens, "The Gang", allant chercher dans les pénitenciers les chants de lamentation et de révolte. Elle réalise cette fois un rêve d'adolescente : avoir son groupe à elle, à la façon des Beatles. "Terra Diva" est peut-être, en solo, l'album qui lui ressemble le plus. Chantal va puiser dans les communautés afro-américaines pour donner sa beauté, sa vitalité et sa noblesse au chant populaire. Chanter pour quoi ? Pour rien, parce que ça fait du bien.
Ce que Chantal Laxenaire a appris de la vie, elle souhaite le transmettre aux autres à travers des ateliers. On la dit excellente pédagogue, elle qui n'aimait pas trop l'école ! Comme dans son parcours, pas besoin d'éducation musicale savante, bourgeoise : l'envie et la détermination suffisent, avec l'aide bien sûr d'une cheffe de chœur qui vous entraîne et vous motive. En 2017, Chantal fonde la chorale "A Toute Voixpeur" qui participera comme chaque année au festival "Voix sur Berges" à Paris le 28 juin. Pendant les vacances d'été, elle animera un stage, "Le chant des arbres", dans une forêt de ses Vosges natales.
à 63 ans, en femme libre, elle se moque du succès, de la notoriété, après trois ou quatre passages sur une télé régionale : "J'ai fait ce que j'ai voulu faire." C'est une autre définition de la réussite, la plus belle. Chantal Laxenaire est aussi une gourmande : "Je ne suis pas rassasiée, rien n'est jamais fini pour moi." Si vous voulez goûter à son art, vous pouvez l'inviter à domicile dans un spectacle privé : passez par son site Internet, très soigné. Et faites comme elle : donnez de la voix !