17/09/2026
Le contrat prévoyait 4 000 €. Le devis affiche 5 200 €. Qui paie les 1 200 € ? 🤔
L'une avait souscrit un contrat obsèques en capital, l'autre un contrat en prestations. Sur la brochure, c'était presque le même mot. Le jour venu, ce n'est pas du tout la même journée. Je vous la raconte.
8 h. Le décès est constaté. Dans les deux cas, la même chose se produit : les comptes bancaires sont bloqués, et la famille a six jours ouvrables pour organiser les obsèques. Dans les deux cas aussi, un réflexe à avoir : interroger l'AGIRA, qui vérifie gratuitement si le défunt avait souscrit un contrat. C'est gratuit, ça se fait sur agira-vie.fr/obseques, et chaque année des familles paient des obsèques qui étaient déjà financées.
🔵 Avec un contrat en capital, l'argent est là. Tout le reste est à faire. La famille sait qu'une somme sera versée, sur présentation de la facture des pompes funèbres. Mais elle doit choisir l'entreprise, le cercueil, le type de cérémonie, le lieu. En un après-midi, en plein deuil, sans repère de prix. Certaines familles y tiennent et préfèrent décider elles-mêmes : c'est un vrai argument. Pour d'autres, c'est une charge de plus au pire moment.
🟢 Avec un contrat en prestations, un appel suffit. Tout a été choisi à l'avance avec un opérateur funéraire : le cercueil, la musique, les textes, le lieu, la destination des cendres. La famille passe un coup de fil, l'opérateur exécute. Elle n'a pas une seule décision à prendre. Et surtout, elle n'a pas un seul arbitrage à trancher entre frères et sœurs — ce qui, dans certaines familles, vaut de l'or.
14 h. Le devis arrive. Et c'est là que tout se joue. Imaginons que le contrat prévoyait 4 000 € et que le devis affiche 5 200 €. En capital, les 1 200 € manquants sont à la charge de la famille. Ou bien elle revoit ses choix à la baisse, le jour même. En prestations, tout dépend d'une seule ligne de votre contrat : celle qui indique si le capital couvre l'intégralité des prestations prévues, quelle que soit l'évolution des tarifs funéraires. Si cette mention y figure, l'opérateur assume l'écart. Si elle n'y figure pas, vous êtes dans la même situation qu'en capital.
➡️ Cet écart de 1 200 € n'a rien d'exceptionnel, et voici pourquoi :
L'INSEE publie un indice spécifique des prix des services funéraires. Selon cette série, les tarifs progressent d'environ 1,8 % par an depuis 2010, plus vite que l'inflation générale.
Concrètement : un capital de 4 000 € souscrit en 2010 et non indexé vaut toujours 4 000 € sur le papier, mais n'achète plus aujourd'hui que l'équivalent d'environ 3 000 € de prestations de l'époque. Sur vingt ans, l'érosion dépasse 30 %.
C'est la raison pour laquelle la revalorisation compte davantage que le montant affiché à la souscription. Elle est imposée par la loi sur les contrats en prestations. Elle ne l'est pas sur les contrats en capital.
Et si vous n'avez aucun contrat ? Vos proches disposeront du capital décès de la Sécurité sociale, soit 4 009 € depuis le 1ᵉʳ avril 2026 pour un salarié du régime général — à condition d'en remplir les conditions et de le demander dans les deux ans. D'un prélèvement sur votre compte, plafonné à 5 965 € et limité au solde disponible. Et d'une déduction de 1 500 € sur l'actif successoral. Pour une facture qui tourne autour de 4 500 à 5 000 €.
Ça peut suffire. Encore faut-il que l'argent soit effectivement disponible, et que vos proches sachent que ces droits existent — beaucoup l'ignorent.
Maintenant je vais dire quelque chose qui ne m'arrange pas. Un contrat obsèques n'est pas toujours nécessaire. Si vous disposez d'une épargne facilement mobilisable, que vos enfants s'entendent bien et qu'ils savent où sont rangés vos papiers, une lettre de volontés et un livret bien identifié feront parfaitement l'affaire. Je préfère vous le dire honnêtement plutôt que de vous vendre quelque chose dont vous n'avez pas besoin.
Le contrat devient vraiment utile dans deux situations. Quand l'argent risque de manquer au mauvais moment : les comptes sont bloqués, la succession prend des mois, et la facture arrive en dix jours. Et quand la famille risque de ne pas s'accorder : là, un contrat en prestations tranche à votre place, et ça évite bien des choses.
Alors si vous avez déjà un contrat, posez ces quatre questions et exigez une réponse écrite :
- Le capital couvre-t-il l'intégralité des prestations prévues, quelle que soit l'évolution des tarifs funéraires ?
- Le contrat est-il revalorisé ? Selon quel indice, et à quel coût ?
- Que se passe-t-il si je déménage à 600 km, ou si l'opérateur cesse son activité ?
- Que devient le solde si le capital dépasse le coût réel des obsèques ?
Sources : ameli.fr · article L. 312-1-4 du code monétaire et financier · article 775 du CGI · loi n° 2013-672 du 26 juillet 2013 · loi du 9 décembre 2004 · INSEE, indice des prix des services funéraires · UFC-Que Choisir et Unaf, 31 octobre 2025.