04/04/2026
LE COACH
Dans le grand théùtre du monde Ă©questre, il y a les chevaux, les cavaliers⊠et une espĂšce fascinante quâon appelle le coach ( pour la gen Z) ou l'enseignant ( pour les autres ).
Une créature hybride, mi-pédagogue, mi-psychologue, mi-météorologue.
Et comme toute espÚce complexe, elle se décline en plusieurs sous-catégories.
Petit inventaire non exhaustif, issu de plusieurs années d'observation des dits specimen , dans leur milieu naturel.
LE SAVANT FOU
Il connaĂźt par cĆur le livre de Baucher et Oliveira. Il te parle de « rotation de lâarticulation scapulo-humĂ©rale » pendant que toi tu essaies juste de ne pas perdre ton Ă©trier au trot assis.
Il peut passer 45 minutes Ă tâexpliquer comment placer ton auriculaire sur la rĂȘne.
âEngage dans le triangle de sustentation, mais sans casser la chaĂźne dorsale, en gardant lâisopraxie du mouvement.â ( ne cherchez pas , ce que je viens d'Ă©crire ne veut strictement rien dire ).
Alors que toi tu cherchais juste Ă tourner a gauche.
Il voit des choses que personne ne voit , des muscles dont mĂȘme ton vĂ©to ne connait pas l'existence.
Et toi, pendant ce temps , tu n'as plus qu'Ă hocher la tĂȘte avec sĂ©rieux, pour ne pas perdre la face et laisser croire que tu comprends tout ce qu'il te raconte...tout en te demandant si âisopraxieâ ne serai pas plutĂŽt un PokĂ©mon rare.
LE SNIPER
Lui , Il ne rate rien.
âJ'AI DIT on dĂ©chausse les DEUX Ă©triers.! .â
Tu le regardes , pour t'assurer que c'est de toi dont il parle... En te demandant comme il a pu deviner que ton étrier extérieur était toujours chaussé pour t'éviter l'humiliation d'une chute pendant une simple séance de tape cul.
Avec lui, chaque séance devient une dissection au scalpel.
" LÚve les yeux , avance les épaules , le pouce vers le ciel !"
Tu repars démonté comme un meuble en kit : mains, jambes, bassin, regard⊠à remonter chez toi.
LE MOINE SHAOLIN
Calme. Toujours calme.
Il parle doucement, presque en chuchotant. Tout est "énergie , connexion et respiration du plexus solaire".
Quand ton cheval part en coup de dos comme une danseuse étoile sur les planches de l'opéra , lui ne trouve rien d'autre à te dire que :
âRespire , il exprime une Ă©motion bloquĂ©e de sa vie antĂ©rieure. Respire avec lui j'te dis "
pendant que toi tu vois ta vie dĂ©filer devant tes yeux et te demande s'il vaut mieux tomber sur la tĂȘte , la clavicule ou tenter une rĂ©ception sur les genoux.
Il pourrait enseigner au milieu dâune invasion de poneys enragĂ©s , quâil garderait la mĂȘme voix monocorde.On soupçonne quâil mĂ©dite entre deux reprises, posĂ© sur un plot... Ou qu'il fume de la Marie-jeanne.đ€
LE COLONEL
Ancienne école. Les vieux cavaliers l'ont sûrement connu.
Voix de stentor qui porte jusquâau parking.
âON SâASSOIT !â
MĂȘme les poneys sâassieraient par rĂ©flexe... De survie.
Les zygomatiques atrophiés depuis qu'il a lùché son dernier sourir en été 1988.
Avec lui, pas de place pour le doute, ni pour les émotions, ni pour les explications superflues.
Tu progresses vite, trĂšs vite !
Parfois en moins de temps qu'il n'en faut pour comprendre ce qui vient de tâarriver.
Mais qu'importe... T'as pas le cran de poser de questions. Tu te contente du résultat.
LE COMMUNIQUANT
Lui, il comprend tout et Ă fait " poney ronchon " en troisiĂšme langue..
âLĂ , il dit quâil nâest pas Ă lâaise dans ton corps .â
âLĂ , il dit que tu le gĂȘnes , tu lui fais mal au dos â
âLĂ , il dit que franchement, tu pourrais faire un effort.â
" Ha .,. LĂ il a dit que t'avais qu'Ă pas sauter avant lui "
Tu regardes ton cheval , ton cheval te regarde.. visiblement aucun de vous deux n'avait compris que vous étiez en conflit diplomatique.
LE PHILOSOPHE
Chaque séance est une leçon de vie.
âSi tu forces, il rĂ©siste. Comme dans la vie. Il faut pas forcer les choses Jeannineâ
âLaisse venir Ă toi⊠comme les choses. Tout viens a point a qui sait attendre â
Tu étais venu travailler ton galop à faux.
Tu repars avec une remise en question existentielle et lâenvie de changer de carriĂšre.
LE SCIENTIFIQUE
Toujours en phase de test.
âattend , j'ai une idĂ©e ! On va essayer un truc.â
Cette phrase devrait ĂȘtre encadrĂ©e et affichĂ©e Ă lâentrĂ©e du manĂšge avec les numĂ©ros dâurgence juste en dessous.
Parfois, ça marche ... Et arfois, tu découvres une nouvelle façon de tomber.
Pendant que tu recrache le sable de ta bouche , lui prend des notes.
LE COMMENTATEUR SPORTIF
Il parle sans discontinuer.
âTrĂšs bien ce que tu fais lĂ ...oui voilĂ , c'est ça. alors attention dans le coin, garde ton impulsion, oui voilĂ , accompagne, non pas comme ça, mieux que ça, voilĂ , presque, continue, continue, CONTINUE j'te dis ! â
Ă la fin , tu ne sais plus tout a fait ce que tu fais exactement ⊠tu regarde autour de toi pour ĂȘtre sĂ»r que tu ne participe pas Ă une Ă©preuve olympique diffusĂ©e en direct.
LE PĂDAGOGUE PATIENT
Un spécimen rare. Précieux.
Une espĂšce en voie de disparition qui devrait ĂȘtre protĂ©gĂ©e.
Il explique ce qu'il te demande , Il reformule 15 fois et s'adapte.
Il trouve dix façons diffĂ©rentes de t'expliquer comment reculer ta jambe⊠jusquâĂ ce que ça fasse tilt.
Et un jour, miracle :
tu comprends enfin. Tout ton corps comprend.
Ton cheval comprend aussi...
Et là , pendant 3 secondes⊠tout devient grùce. Jusqu'à l'exercice suivant.
LE VIEUX CROUTON
Celui-lĂ , il a tout gagnĂ© dans les annĂ©es 90. Aujourdâhui il a plus de 60 ans, 22 kilos de plus et les genoux qui grincent mais il monte bien mieux que toi a 20 ans.
Les chevaux qui explosent les clĂŽtures, les cavaliers qui montent Ă lâenvers, les selles des annĂ©es 40 âŠil Ă tout vu et tout connu.
Il te regarde faire le plus beau changement de pied de ta vie et te sort, avec un petit sourire : " Câest pas grave ma grande, mĂȘme charlotte Dujardin a mis trois ans Ă le faire proprement. "
Plus rien ne lâĂ©tonne.
Mais étrangement, ça rassure.
Parce quâil a vu pire que toi.
Beaucoup plus pire.
LE JEUNE DĂBUTANT
Il sort tout juste du BPJEPS, dĂ©bordant dâĂ©nergie et de thĂ©ories rĂ©centes.
Il veut rĂ©volutionner lâĂ©quitation Ă©thologique⊠mais panique dĂšs que ton cheval fait un Ă©cart devant un pigeon.
TrÚs motivé, un peu fragile émotionnellement.
Il ne fait pas exprĂšs dâĂȘtre drĂŽle, mais entre ses blagues douteuses, ses chutes de cheval lĂ©gendaires et sa façon de dire « allez on va sâamuser » juste avant de te mettre en enfer, tu ris plus que tu ne progresses.
Et puis⊠il y a le VRAI COACH.
Parce quâen vrai, aucun enseignant nâest âjusteâ un profil ( ne soyez pas déçus !)
Ils sont souvent un cocktail improbable :
un peu sniper, un peu philosophe, un peu colonel⊠avec une touche de traducteur et une pincée de moine Shaolin quand ça devient vraiment critique.
Et heureusement.
Parce quâentre le cheval qui teste, le cavalier qui doute, la mĂ©tĂ©o qui complote et le matĂ©riel qui dĂ©cide de lĂącher au pire momentâŠ
il faut bien ça pour faire tenir correctement ce fragile équilibre qu'est l'apprentissage.
Au final, choisir son enseignant, ce nâest pas toujours confortable, rarement simpleâŠ
mais quand ça fonctionne,
ça transforme complÚtement la maniÚre dont on voit les choses.
Les crins de verdure