23/07/2026
La forêt brûle. Encore.
Certains se souviennent des images de 2022. Je crois que beaucoup se souviennent surtout d'une sensation.
Celle d'un ciel qui n'avait plus sa couleur habituelle. D'une lumière orangée en pleine journée. D'une odeur âcre qui s'invitait jusque dans les maisons. Des cendres qui retombaient parfois sur les terrasses et les voitures. Et puis de ce silence inhabituel. Plus d'oiseaux. Comme si le vivant lui-même s'était mis sur pause.
Quatre ans plus t**d, ces sensations ressurgissent avec une tristesse intacte.
Derrière les hectares qui partent en fumée, ce sont des milliers d'animaux qui disparaissent et des écosystèmes qui mettront parfois plusieurs décennies à retrouver un équilibre. Mais il y a également un sujet dont on parle finalement très peu : celui de l'air que nous respirons.
Lors des incendies de 2022, l'indice de qualité de l'air avait atteint localement des niveaux avoisinant les 125 (AQI US), soit une qualité de l'air considérée comme mauvaise pour les personnes sensibles. Pourtant, je n'ai pas le souvenir que ce sujet ait véritablement occupé l'espace médiatique ou les préoccupations quotidiennes.
Nous nous inquiétons, à juste titre, de ce que nous mangeons ou de ce que nous buvons. Nous oublions parfois que nous respirons entre 20 000 et 25 000 fois par jour, sans pouvoir faire une pause. L'air est probablement ce que nous échangeons le plus avec notre environnement et, paradoxalement, l'un des sujets auxquels nous accordons le moins d'attention.
Aujourd'hui, à Gujan-Mestras, l'indice AQI est de 59 avec un niveau de particules fines PM2,5 de 13,3 µg/m³. La qualité de l'air est qualifiée de modérée et appelle déjà les personnes les plus sensibles à la prudence. Et pourtant, l'odeur de fumée est déjà là. Elle s'invite dans nos jardins, sur nos terrasses et parfois jusque dans nos maisons. Comme un discret rappel qu'il n'est pas nécessaire d'atteindre les pics de pollution de 2022 pour que l'air que nous respirons soit déjà affecté.
Ces incendies nous rappellent également avec beaucoup d'humilité notre place sur ces territoires. Nous ne faisons qu'y passer. Nous héritons des paysages que les générations précédentes nous ont transmis avec l'espoir de pouvoir les transmettre à notre tour.
Ils interrogent aussi notre manière d'habiter. Préserver les arbres existants, limiter les îlots de chaleur, concevoir des logements capables d'offrir des espaces refuges lors des épisodes climatiques extrêmes ou simplement réapprendre à considérer l'air comme un bien commun précieux sont autant de défis qui nous attendent.
Face à des épisodes climatiques qui se répètent, il devient indispensable de remettre la conception bioclimatique au cœur de nos réflexions : utiliser les protections naturelles qu'offrent les arbres, prévoir des protections solaires réellement adaptées aux saisons et à l'orientation des bâtiments, permettre une ventilation naturelle efficace des logements, penser des espaces capables de conserver leur fraîcheur et ne plus considérer la climatisation comme l'unique réponse. L'architecture a toujours été une réponse aux contraintes climatiques. Il nous appartient peut-être simplement de réapprendre à anticiper celles de demain.
Une pensée enfin pour celles et ceux qui combattent les flammes depuis des jours, pour tous les bénévoles qui œuvrent dans l'ombre afin que cette chaîne humaine continue de fonctionner, mais également pour cette part plus silencieuse du vivant dont on ne parle que trop peu. Certains sauvent des hectares, d'autres quelques animaux, d'autres encore permettent simplement à celles et ceux qui sont en première ligne de continuer leur combat. On les voit moins. Ils sont pourtant indispensables.
Si ces incendies doivent nous enseigner quelque chose, c'est peut-être la nécessité de changer de logiciel. Nous excellons à reconstruire, à réparer et à réagir dans l'urgence. Il nous reste encore à apprendre à anticiper. Les aléas climatiques qui se succèdent ne devraient plus être considérés comme des événements exceptionnels auxquels il faut s'adapter ponctuellement, mais comme des réalités qu'il nous appartient désormais d'intégrer durablement dans nos manières de concevoir, de construire et d'habiter nos territoires. Anticiper coûtera toujours moins cher que subir.
Certains souvenirs de 2022 se sont estompés. Je crois que l'odeur de fumée dans l'air n'en fait malheureusement pas partie.