24/07/2026
"Vendée : « Qui protège les entreprises de l'aide à domicile ? » Une dirigeante de l'ESS interpelle les pouvoirs publics
Après avoir investi plus de 50 000 € de ses économies personnelles pour lancer son entreprise, la fondatrice de Handiscopik lance un cri d'alarme.
Entre plus de 50 000 € d'impayés de bénéficiaires, 25 000 € de créances dues par des collectivités et des associations Vendéenne, des paiements de la CAF de Vendée toujours attendus et un épuisement professionnel, elle dénonce un système qui contrôle les acteurs de terrain sans garantir le paiement des prestations financées par l'argent public.
« Je ne demande ni subvention, ni traitement de faveur. Je demande simplement que les prestations réalisées soient payées. »
Le témoignage de Marcia Lhery, fondatrice de Handiscopik, service d'aide et d'accompagnement à domicile en Vendée, met en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés de nombreux acteurs de l'Économie Sociale et Solidaire.
Une entreprise née d'une histoire personnelle
Handiscopik n'est pas une entreprise comme les autres. Elle est née d'un parcours de vie.
Mère d'une fille en situation de handicap, Marcia L. a créé cette structure avec la conviction que les personnes âgées, les personnes en situation de handicap et leurs familles méritaient un accompagnement respectueux de leur dignité. Mais aussi, la conviction profonde de repenser et de revaloriser ses métiers du lien et du soin.
Cette même philosophie s'est appliquée à ses plus de 30 salariés.
L'entreprise a fait le choix de revaloriser les métiers du domicile en rémunérant l'intégralité des kilomètres parcourus par les intervenants, considérant que les métiers du lien devaient être reconnus à leur juste valeur.
Dix-sept mois de redressement judiciaire
L'histoire de Handiscopik a également été marquée par une période particulièrement éprouvante.
À la suite de graves dysfonctionnements administratifs constatés par l’action d’intervenante externe au sein de l'entreprise, celle-ci a dû être placée en redressement judiciaire pendant dix-sept mois.
Une procédure qui, si elle constitue un outil indispensable pour permettre le redressement d'une entreprise, a profondément marqué sa dirigeante.
« Dix-sept mois à se battre chaque jour pour sauver son entreprise, préserver les emplois et continuer d'accompagner les bénéficiaires, c'est une épreuve que peu de dirigeants peuvent imaginer. »
À l'issue de cette procédure, Handiscopik est sortie du redressement judiciaire avec un plan validé par le Tribunal de commerce, qui a salué le travail réalisé et les efforts entrepris pour permettre la poursuite de l'activité.
Pour autant, Marcia Lhery estime que cette période a également révélé les difficultés auxquelles certains employeurs sont confrontés.
« Certaines situations internes ont profondément fragilisé l'entreprise. Malgré cela, nous avons continué à maintenir les emplois, à payer les salaires et à assurer la continuité des accompagnements. »
Plus de 75 000 € toujours attendus
Aujourd'hui, la situation financière demeure extrêmement fragile.
Plus de 50 000 € de factures restent impayées par des bénéficiaires particuliers, auxquels s'ajoutent 25 000 € de créances dues par des collectivités et des associations.
À cela viennent s'ajouter des paiements toujours attendus de la CAF de Vendée pour des prestations réalisées depuis plus d'un an.
Le 15 décembre 2025, la dirigeante a rencontré les services de la CAF afin de trouver une solution. Selon elle, un engagement avait alors été pris : le règlement des sommes dues devait intervenir en janvier 2026.
« Des engagements ont été pris, des courriers ont été adressés, mais à ce jour, les accords n'ont toujours pas été respectés et les paiements attendus ne sont jamais intervenus. »
Quelques jours auparavant, le 2 décembre 2025, elle avait rencontré les services du Conseil départemental afin d'évoquer les impayés des bénéficiaires financés par les dispositifs départementaux. Après avoir interpellé à plusieurs reprises sur cette problématique, la femme en charge de cette mission.
Là encore, elle affirme n'avoir obtenu aucune solution permettant le recouvrement des sommes dues par les particuliers. Elle a subit des contrôles administratifs abusif.
« Qui protège les entreprises qui exécutent les missions ? »
Pour Marcia Lhery, le débat dépasse aujourd'hui le seul cas de Handiscopik.
« Comment peut-on accepter que des fonds publics soient versés à des bénéficiaires afin de financer un service d'aide à domicile, sans que l'on s'assure ensuite que ces sommes soient effectivement reversées au prestataire qui a réalisé les interventions ? »
Elle estime que les entreprises du secteur consacrent aujourd'hui une énergie considérable à répondre aux contrôles administratifs, aux enquêtes et aux procédures, tout en restant seules face aux impayés.
« Je ne remets pas en cause les contrôles. Ils sont nécessaires. Mais je m'interroge lorsque l'on mobilise autant de moyens pour contrôler une entreprise sans mobiliser la même énergie pour garantir que l'argent public versé atteigne effectivement celui qui a réalisé les prestations. »
Une dirigeante au bout de ses forces
Pour maintenir son activité, Marcia Lhery affirme avoir investi plus de 50 000 € de son patrimoine personnel.
Aujourd'hui, elle est en arrêt de travail depuis plusieurs mois pour épuisement professionnel et vit avec des aides sociale.
« Je n'ai jamais compté mes heures. J'ai consacré ma vie à cette entreprise parce que je croyais profondément aux valeurs de l'Économie Sociale et Solidaire. Aujourd'hui, je me retrouve épuisée, alors que je demande simplement le paiement du travail effectué. »
Malgré cette situation, elle tient à saluer les personnes qui, selon elle, ont cherché à accompagner Handiscopik.
Elle cite notamment Mme Girard, Directrice départementale des Finances publiques de la Vendée, ainsi que M. Véron, Directeur régional du MEDEF, qui ont pris le temps d'écouter les difficultés de l'entreprise et de rechercher des solutions en agissant réellement pour la dirigeante comme pour l’entreprise.
J'interpelle également Mr Patrick Martin Président du MEDEF, Comment agir devant de tels agissements?.
Une question de politique publique
Pour la dirigeante, cette situation interroge bien au-delà de son entreprise.
« Les contrôles sont indispensables. Mais qui protège les entreprises de l'Économie Sociale et Solidaire / Admin ESS France lorsqu'elles avancent les salaires, paient leurs charges, assurent les interventions et ne perçoivent jamais les financements auxquels elles ont droit ? Qui protège les deniers publics lorsqu'ils sont versés mais ne parviennent jamais au prestataire qui a exécuté la mission ? Combien de dirigeants devront sacrifier leur santé, leur patrimoine et parfois leur vie personnelle avant que cette question ne devienne enfin un véritable sujet de politique publique ? » Cabinet du Premier ministre, Camille Galliard-Minier ....
Au-delà du cas de SAADHANDISCOPIK, cette tribune pose une question plus large : comment préserver les acteurs de l'aide à domicile si ceux qui assurent quotidiennement la solidarité nationale FESP, Fédésap, ne peuvent plus compter sur le paiement effectif des prestations qu'ils réalisent ?
Pour le SAAD HANDISCOPIK