Centre d'Archives Régionales Séminaire de Nicolet

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ASSELINE DE RONVAL : PREMIER TOURISTE EN NOUVELLE-FRANCEOn le présume âgé entre 18 et 20 ans, en 1662, lorsque le Dieppo...
09/10/2026

ASSELINE DE RONVAL : PREMIER TOURISTE EN NOUVELLE-FRANCE
On le présume âgé entre 18 et 20 ans, en 1662, lorsque le Dieppois Asseline de Ronval entreprend son voyage au Canada. Ni engagé, ni envoyé du roi, il vient en Nouvelle-France pour satisfaire sa curiosité de jeune homme avide de voir du pays. On peut donc le qualifier de premier touriste à visiter le Canada.

Dès l’enfance, les nombreux mâts qu’il aperçoit de chez-lui dans le port de Dieppe l’incitent au voyage : « Je pris ainsi la décision de voir du pays autant que faire se peut! » Le 22 mai 1662, à titre de simple passager, il s’embarque pour la Nouvelle -France. Il profite sûrement d’une traversée clémente, puisque le navire accoste devant Tadoussac à peine un mois plus t**d. Il décrit Tadoussac comme une simple bourgade dont les quelques maisons, les moulins à eau et la chapelle qui la composent lui paraissent en piètre état. En passant devant l’île d’Orléans, n’apercevant qu’une seule maison, il juge à tort celle-ci quasiment déserte. Ensuite : « Nous arivasmes sur la rade de Québec et je descendis aussitôt à terre ». Un hôtelier originaire de Dieppe, comme lui, l’accueille chaleureusement en son auberge. Ensuite, De Ronval réserve sa toute première visite à son compatriote et jésuite Claude Dablon, personnalité célèbre dans le pays. Ce dernier revient tout juste de prêcher l’évangile aux Amérindiens de la baie d’Hudson. Son récit captive particulièrement le jeune voyageur curieux de s’instruire sur les mœurs des autochtones dont on raconte tant de fantaisies en Europe. Les propos du missionnaire portent surtout sur les coutumes alimentaires des Amérindiens basées sur la consommation de viandes sauvages et légumes qu’ils apprêtent ensemble. Concernant leurs mœurs, le jésuite insiste particulièrement sur le grand sens de l’honneur dont les amérindiens s'enorgueillissent.

Québec est alors une agglomération d’à peine deux mille habitants. Asseline de Ronval juge particulièrement bien situé le quartier commercial de la base ville, à proximité du Saint-Laurent, dont la rade est protégée par une petite forteresse munie de canons tournés vers l’est. En gravissant la pente abrupte menant vers la haute ville, il traverse un campement amérindien qui lui apparaît plutôt délabré. Parvenu au sommet, il aperçoit : « quantité de maisons et plusieurs églises, une desquelles est la cathédrale. Trois maisons religieuses fort bien basties et qui vivent presque aussi commodément qu’en France, à savoir les pp Jésuites, les urcellines et les hospitalières » où loge Marie de l’Incarnation. Il visite l’hôtel-Dieu fondé par trois dieppoises. Par la suite, le visiteur en profite pour explorer la côte de Beaupré qui lui parait bien peuplée et s’extasie devant les chutes Montmorency. Il est impressionné par la faune qui l’entoure, le castor en particulier et l’abondance des prises lors de ses excursions de pêche.

Il quitte Québec en canot en compagnie du gouverneur Pierre du Bois escorté par une vingtaine d’Algonquins. Tout au long de la remontée, il s’étonne de la profusion de rivières qui se jettent dans le fleuve. Le convoi fait escale à Trois-Rivières qui compte alors environ 200 habitants : « C’est asseurément le pays le plus beau et le meilleur que l’on puisse souhaiter. » Il aperçoit l’embouchure du Saint-Maurice qu’il confond à son tour avec trois rivières distinctes.

Montréal, qui se nomme Ville-Marie en 1662, est peuplé d’environ 500 habitants. La rue Saint-Paul en est l’artère principal et l’hôtel-Dieu l’édifice le plus imposant. Celui-ci se compose d’un ensemble comprenant la maison de Jeanne Mance formée d’un rez-de-chaussée et d’un étage mansardé. Cette maison est adossée à la chapelle, qui est elle-même prolongée par l’hôpital. Les quelques résidences regroupées à l’intérieur d’une fortification ressemblant plutôt à un enclos formé de troncs d’arbres: « ne laissoient d’estres beles, spatieuses et agréables. » Lors de son séjour à Ville-Marie, notre voyageur est accueilli sous le toit de Charles Le Moyne, (en l’honneur duquel est nommée la Pointe Saint-Charles) père du célèbre Pierre Le Moyne D’Iberville. En cette période où les Iroquois demeurent forts menaçants, ce dernier retient l’attention de son invité en lui narrant de terribles récits les concernant. Entre autres, l’aventure de Dollard sieur des Ormeaux et ses 16 compagnons qui périssent au Long Sault, sur l’Outaouais en mai 1660. Charles Le Moyne devait lui aussi participer à cette expédition mais, la saison des semences l’obligeant à cultiver sur ses terres, il dû y renoncer, ce qui lui sauva la vie.

La maison de Le Moyne étant bien fréquentée, Asseline de Ronval y croise la plupart des notables constituant le Ville-Marie de l’époque. Plusieurs d’entre eux tentent de le convaincre de demeurer au pays où la présence de jeunes hommes vigoureux comme lui est fort convoitée. Il hésite un moment devant la possibilité d’expérimenter l’hiver en Nouvelle-France. Toutefois, les récits concernant cette saison éprouvante, de même que l’omniprésence de la menace iroquoise, l’en dissuadent. En octobre de cette même année, il s’embarque sur le Saint-Pierre et retourne à Dieppe où il rédige le récit de son voyage.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet

Références : Fonds Albertus Martin F277/M141/10. Extrait du Cahier des Dix, no 39, 1974.

Illustrations: Charles Le Moyne, gouverneur F003-T29-40. L’habitation de Québec F003-R26-71. Plan du haut et du bas Québec en 1660-F003-R27-267. Québec monastère des Ursulines avant 1650-F003-R26-163.

ENLÈVEMENT ET MORT DU SEIGNEUR CREVIER À SAINT-FRANÇOIS-DU-LACLa paroisse de Saint-François-du-Lac, dont l’érection cano...
09/06/2026

ENLÈVEMENT ET MORT DU SEIGNEUR CREVIER À SAINT-FRANÇOIS-DU-LAC
La paroisse de Saint-François-du-Lac, dont l’érection canonique est décrétée en novembre 1714, est l’une des plus anciennes à avoir été fondées sous le régime français au Canada. Celle-ci est initialement érigée sous la désignation de Saint-François-Xavier, mais en raison de la proximité du lac Saint-Pierre, ce vocable prend le nom de Saint-François-du-Lac. Les premiers colons s’établissent sur les îles à l’embouchure de la rivière et bâtissent leurs premières églises sur l’île-du-Fort, autrefois Notre-Dame de Pierreville.

Jean Crevier achète la seigneurie de Saint-François en 1673 sur laquelle il s’installe en compagnie de son épouse, Marguerite Hertel. Ce notable et commerçant est avantagé par l’ancien régime dans une économie coloniale centrée sur la traite des fourrures. La guerre initiée par les Iroquois, pour obtenir le monopole de la traite, sera durement ressentie dans la seigneurie après le massacre de Lachine, en 1689.
On retrouve dans le Fonds d’archives de la Fabrique Saint-François-Xavier conservés au CAR Séminaire de Nicolet une lettre de Thomas Charland, historien, originaire de Pierreville. Dans cette missive datée de 1937, l’historien répond à la Société Nicolétaine d’histoire régionale qui lui demande certaines précisions concernant le double enlèvement et la mort du premier seigneur de Saint-François-du-Lac, Jean Crevier. Selon l’historien, les faits relatant le premier enlèvement par un groupe d’Agniers sont établis plus ou moins précisément dans plusieurs rapports et mémoires de l’époque : « Le 22 septembre 1690, un parti de cent à cent vingt Agniers et autres des environs d’Orange (Albany) fut aperçut dans le voisinage de Saint-François. (…)» Plusieurs Français sont tués ou faits prisonniers. « Seul le mémoire de Gédéon de Catalogne mentionne que le seigneur Crevier fut fait prisonnier. Aucun ne parle de sa délivrance. » Thomas Charland suppose néanmoins que la libération du seigneur s’est produite peu de temps après l’événement cité plus haut, car certains documents d’époque indiquent qu’il a assisté à une cérémonie de mariage, de même qu’à des funérailles, en novembre et décembre 1690.

Les faits relatifs à la seconde capture du seigneur Crevier semblent plus documentés : « On sait qu’il fut enlevé à nouveau dans les premiers jours du mois d’août 1693. Il était occupé aux récoltes avec quinze ou seize hommes, lorsqu’on signala l’approche des Iroquois. Un habitant fut tué et un soldat ainsi que le sieur Crevier faits prisonniers ». M. Charland cite un texte de l’intendant Champigny rédigé le 17 août 1693 dans lequel il évoque la libération du seigneur Crevier en ces termes: « Le gouverneur d’Albany écrivait que les Iroquois, alliés des anglais (…) avaient arraché les ongles au sieur Crevier et se préparaient à le brûler lorsque le commandant de la garnison d’Albany le leur avait acheté au prix de cinquante Louis. » Jean Crevier est probablement décédé à Albany, en 1693, à la suite des blessures et des fatigues subies lors de sa captivité aux mains des Iroquois.
Sa v***e, Marguerite Hertel, héritière de la moitié de la seigneurie, prend la relève de son mari avec l’aide de son fils aîné Joseph. Elle continue de faire prospérer la seigneurie de Saint-François-du-Lac jusqu’à son décès, survenu le 25 décembre 1711. La détermination du couple seigneurial Hertel-Crevier a déteint sur leurs successeurs : les quatre seigneurs Crevier suivants, supportés par la branche collatérale Crevier-Descheneaux, ont réussi là où la plupart des familles seigneuriales ont échoué. La présence continuelle de cinq générations de seigneurs Crevier et de leurs v***es a été la marque de cette famille qui, bien qu’elle ne soit pas parvenue à faire bâtir un manoir en pierre, a laissé sa marque à Pierreville et Saint-François-du-Lac. Le mérite en revient en grande partie aux femmes qui les ont assistés ou remplacés.

Texte: Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Centre d’Archives Régionales Séminaire de Nicolet, Fonds Fabrique Saint-François-Xavier F320/Q29/17/7

Plan de Saint-François-du-Lac en 1709 d’après Gédéon de Catalogne

LE JOURNAL D’UN MÉDECIN DE CAMPAGNE À SAINT-GERMAIN-DE-GRANTHAMLe Docteur Basile Letendre pratique la médecine à Saint-G...
09/03/2026

LE JOURNAL D’UN MÉDECIN DE CAMPAGNE À SAINT-GERMAIN-DE-GRANTHAM
Le Docteur Basile Letendre pratique la médecine à Saint-Germain-de-Grantham de 1905 à 1921. Ses livres de comptes consultés au CAR Séminaire de Nicolet témoignent de la manière dont s’exerce cette profession dans nos campagnes au début du vingtième siècle. S’il lui arrive de temps à autre de souligner quelque événement important de l’actualité, ou certaines épreuves le touchant personnellement, le docteur Letendre commente surtout la météo quotidienne. Cette préoccupation météorologique n’étonne pas particulièrement lorsque l’on sait que les médecins d’autrefois franchissent souvent de grandes distances pour rendre visite à leurs patients. Souci quasi constant pour celui qui est appelé à se déplacer en toutes saisons et à toute heure du jour ou de la nuit sur des routes entretenues aléatoirement. Les automnes pluvieux, les hivers rigoureux, les dégels printaniers rendent les déplacements périlleux et contraignent parfois le médecin à dormir chez l’habitant. Cette proximité l’incite à partager les soucis quotidiens des cultivateurs dont les revenus dépendent grandement des caprices de la nature. Le médecin se désole avec eux des gelées hâtives qui compromettent les semailles ou les moissons. Ou encore, les pluies excessives et les sécheresses qui menacent trop souvent les récoltes.

Les livres de comptes du docteur Letendre témoignent de la diversité des soins promulgués par un médecin généraliste au début du 20e siècle. À la fois, obstétricien, pédiatre, gériatre, dentiste et chirurgien, disposant de moyens limités, il use de toute sa science pour soigner malades et blessés à une époque où plusieurs maladies, même bénignes, s’avèrent mortelles. De plus, un médecin de campagne desservant une clientèle majoritairement pauvre se doit de supporter un lourd crédit. Les tarifs du docteur Letendre à l’époque sont : « 3,00$ pour un accouchement, 50 cents pour enlever une verrue, une injection coûte entre 1,00$ et 3,00$, selon le médicament et le prix de l’éradication d’une dent varie selon la difficulté d’extraction. »

La tâche du médecin de campagne exige une solide santé physique et morale. Toutefois, on ne côtoie pas impunément la maladie et la misère humaine sans en être personnellement affecté. C’est ainsi que, par une journée triste et sombre de mai 1913, le docteur Letendre exprime ses sombres pensées en marge de son livre de comptes: « Dans la vie que l’on croit si rose, il n’y a que des épines et des cailloux. Il faut s’efforcer de faire son bonheur seul, car les autres ne nous en procure très peu; car l’égoïsme prend une grande place dans les cœurs. Souvent on croit avoir saisi le bonheur, mais c’est comme une ombre toujours il fuit sous la main. Si nous n’avions pas le travail ardu pour dissiper le temps et les ennuis, la vie serait sûrement une charge avec son peu de soleil. L’on pleure plus que l’on ne rit ici-bas. Si au moins chacun cherchait à faire un peu de bonheur pour les autres, tous ensemble ça ferait une jolie somme. » Vague à l’âme qui s’avère, en quelque sorte, prémonitoire. À peine cinq mois plus t**d, le 16 octobre 1913, la maison du docteur Letendre brûle, ne laissant que des décombres. Il doit alors se réfugier avec toute sa famille chez ses parents en attendant de pouvoir reconstruire au printemps suivant. Le docteur J.C. Basile Letendre meurt 8 ans plus t**d, le 14 août 1921, à l’âge de 43 ans.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Fonds J. C Basile Letendre, F215/A1/2, F215/B2/2. Collection J. Antoine Letendre C068-A1-2-13
Photos : 1952, construction de la nouvelle église. Fonds Ambroise Houle F042-E10-2. Famille Joseph Letendre vers 1885 : François-Xavier-Joseph, Basile, Anna et Stanislas-Charles.

LE DUC DE VINCENCE A-T-IL RÉSIDÉ À BAIE-DU-FEBVRE ?Plusieurs historiens se sont penchés sur la question sans trouver de ...
08/30/2026

LE DUC DE VINCENCE A-T-IL RÉSIDÉ À BAIE-DU-FEBVRE ?
Plusieurs historiens se sont penchés sur la question sans trouver de réponse concluante. Certains témoignages, retrouvés dans le fonds d’archives de la Fabrique Saint-Antoine conservé au CAR, porteraient à le croire. Cependant, la question mérite d’être examinée minutieusement. Général d’armée et homme de confiance de Napoléon 1er, Caulaincourt est nommé ambassadeur à Moscou de 1807 à 1811, où il se lie d’amitié avec le tsar Alexandre 1er. Il est le plus fidèle serviteur de Napoléon qui le considère comme un homme de cœur et de droiture. Armand de Caulaincourt décède en 1827. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, près du carré des maréchaux d’empire. Son nom est gravé sous l'arc de triomphe et une rue du 18e arrondissement de Paris, porte son nom.

Est-il possible qu’un personnage d’une telle importance soit venu s’établir à la Baie-du-Febvre vers 1816? Examinons ce que les notes de l’abbé Bellemare, curé de Baie-du-Febvre, nous enseignent sur le sujet : « Sur la route de Nicolet à la Baie-du-Febvre était venu s’abattre vers 1816 un personnage mystérieux. Son voisin, Louis Beaulac qui avait servi dans la milice de 1812 eut l’avantage de connaître et de fréquenter habituellement ce personnage et d’admirer la science militaire de monsieur le comte. À son dire, ce dernier avait toute une chambre remplie de cartes militaires et d’armes de toutes espèces et de grande valeur. À ses heures, le comte déployait ses cartes sous les grands ormes près de la maison, et là, à quatre pattes sur ses plans, il suivait et traçait des lignes, causant, discutant et interpelant tout haut, il s’animait comme au milieu de contradicteurs, probablement des souvenirs de Waterloo. Un beau matin, dit Beaulac, la maison fut trouvée vide. M. Le comte était parti avec armes et bagages, sans tambour ni trompette. » Certains croient que ce départ précipité coïncide avec l’entrée en fonction du comte de Dalhousie, ancien adversaire de Napoléon, à titre de Gouverneur Général.

Louis Beaulac n’a jamais connu son singulier voisin sous un autre nom que M. le comte. Toutefois, ce dernier ayant fait baptiser un enfant à Baie-du-Febvre, il recommande à l’abbé Bellemare de consulter le registre paroissial pour savoir sous quels noms ont signé les parents du nouveau-né. Le père se nomme Benoit-Auguste comte d’Ancourt, tandis que la mère signe du nom d’Adélaïde-Antoinette-Augustine, comtesse de Galifait. Tout porte à croire qu’il s’agit de pseudonymes. La classe instruite, elle, demeure convaincue que le comte et l’ancien ministre de Napoléon ne font qu’un. Cette certitude se fonde sur les bases suivantes : la similitude des noms, Auguste d’Ancour d’une part et Auguste Caulaincourt de l’autre. De plus, des témoins de l’époque signalent une forte ressemblance physionomique entre le personnage de Baie-du-Febvre et le portrait du duc de Vincence conservé dans l’album du curé Lebourdais de la Rivière-Du-Loup. Selon l’avocat Vézina, ami et confident du comte, ses intimes, qui se recrutent parmi l’élite de la société, le nomment tout simplement Caulaincourt.

Certains indices tendent néanmoins à prouver qu’il s’agit d’un imposteur. D’abord, Mgr Plessis ne lui reconnait pas ce français de bon aloi auquel on peut s’entendre d’un haut gradé de l’armée napoléonienne. D’autre part, l’historien Benjamin Sulte, appelé à se pencher sur la question, demeure convaincu que Caulaincourt n’a jamais mis les pieds en Amérique : « Dans 200 volumes que j’ai lus, il y a des mentions de Caulaincourt comme demeurant en Picardie de 1815 à 1827. Durant ces années, il se défendait dans les journaux et par des brochures, des accusations que les partisans des Bourbons lançaient contre lui. Tout cela est de l’histoire et ne saurait être contesté. Caulaincourt a vécu de 1815 à 1827 au grand soleil de la publicité, bien malgré lui ». Suite à une étude approfondie, l’historien conclu que le mystérieux personnage de Baie-du-Febvre pourrait bien être Jean-Pierre Boyer, chef du Parti Français à Saint-Domingue, qui tombe avec ce parti, en 1814. Cette réalité historique s’harmonise difficilement avec le séjour du comte à la Baie-du-Febvre et ne permet d’arriver à rien de concluant à ce sujet. Le doute plane et planera probablement toujours sur ce mystère. L’abbé Bellemare conclue l’affaire en ces termes : « Ou bien Auguste D’Ancour est le vrai duc de Vincence, tel que le veut la tradition des anciens de La Baie, ce qui n’est pas admissible si le duc n’a pas quitté la France. Ou bien, il ne serait qu’un fourbe qui, pour mieux dépister les recherches et donner le change à l’opinion, aura affecté des manières, un genre de vie mystérieux, et a réussi à mystifier le peuple en se faisant passer pour le ministre de Napoléon 1er, avec lequel il paraît avoir eu des traits de ressemblances frappantes".

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Référence : Fonds fabrique Saint-Antoine, F321/A17/6/59. Abbé Joseph-Elzéar Bellemare, Histoire de la Baie-Saint-Antoine
Photo : Armand de Caulaincourt, duc de Vincence,

LES BEAUBIEN : SEIGNEURS , MÉDECIN, DÉPUTÉS ET JUGE À LA COUR SUPRÊME DU NOUVEAU-MEXIQUEMichel Trottier, sieur de Beaubi...
08/27/2026

LES BEAUBIEN : SEIGNEURS , MÉDECIN, DÉPUTÉS ET JUGE À LA COUR SUPRÊME DU NOUVEAU-MEXIQUE

Michel Trottier, sieur de Beaubien arrive sur les rives du Saint-Laurent en 1646. Il est l’ancêtre de la famille Beaubien qui s’établira plus t**d sur l’île Moras, l’un des deux fiefs constituant la seigneurie de Nicolet lors de sa fondation, en 1672. Parmi les plus illustres descendants de cette famille Nicolétaine, on retrouve Pierre Beaubien, médecin et enseignant à l’Hôtel-Dieu de Montréal, premier de sa profession à préconiser l’utilisation du stéthoscope au Canada. Homme engagé, il se fait élire député provincial du comté de Montréal en 1843, puis de Chambly jusqu’en 1849. Important propriétaire foncier, la rue Beaubien à Montréal est désignée en son honneur. Son fils, Louis de Gaspé Beaubien, représentant du comté de Nicolet de 1892 à 1897 est aussi ministre de l’agriculture. Riche propriétaire terrien à Montréal, il contribue activement à la fondation de la ville d’Outremont. Issu de la même lignée, le réalisateur et metteur en scène Paul Beaubien, participe à la fondation du département des lettres et de français à l’UQTR, où il enseignera jusqu’à son décès prématuré en 1988.

Remarquable destin que celui d'Alexis Hyppolite Beaubien, fils de Paul Beaubien, seigneur de l’île Moras. Celui-ci naît le 22 octobre 1800 à Nicolet. Il accède à la tonsure en 1820 et abandonne mystérieusement la prêtrise cette même année. Il troque alors son prénom pour celui de Charles et s’expatrie à Saint-Louis, Missouri, où il fait la traite de fourrures jusqu'à 1823. Année, où selon toute vraisemblance, il aurait obtenu la permission d’entrer en territoire des premières nations pour y exercer son commerce. Or, Beaubien se rend bien au-delà des limites frontalières américaines de l’époque. Il s’établit à Taos, au Nouveau-Mexique et prend la nationalité mexicaine. Il hispanise son prénom qui devient Carlos et épouse une Mexicaine en 1827. Les affaires de Beaubien prospèrent à Taos jusqu’à l'arrivée du gouverneur Armijo, en 1840, qui impose aussitôt une taxe spéciale aux propriétaires et commerçants qui ne sont pas originaires du Nouveau-Mexique. De plus, Beaubien déplore des attaques constantes contre ses postes de commerce régulièrement attaqués par les troupes hispaniques. Ce retournement politique le contraint à s’installer au nord de l’état afin d’échapper au contrôle du gouvernement mexicain. Il obtient la concession d’un territoire de 1,700,000 acres de superficie pour y élever du bétail et cultiver du fourrage destiné à la vente. En 1843, Beaubien s’associe à Charles Bent à qui il cède le quart de ses terres à la condition que ce dernier l'aide à s’établir aux abords des rivières Ponil, Vermejo, Cimarron et Rayado au nord du Nouveau-Mexique. Il acquiert même les services du légendaire trappeur Kit Carson pour assurer la protection des dix-sept familles établies sur ses terres. En 1843, il achète un million d’acres supplémentaires au sud du Colorado qu’il compte céder à son fils, Narciso. L’expansion de ce nouvel établissement se voit à nouveau contrecarré par la guerre Mexico-Américaine qui éclate en 1846. Celle-ci change radicalement le contexte politique de la région. Un gouvernement américain s’établi à Santa Fe. Charles Bent, l’associé de Beaubien, est alors désigné gouverneur du Nouveau-Mexique pour former un gouvernement de transition, tandis que notre Nicolétain d’origine accède à titre de juge à la cour suprême de l’état.

Les conflits armés entre le Mexique et les États-Unis, jumelés à de nombreux raids des Amérindiens revendiquant leur territoire, compliquent considérablement l’existence des pionniers. Le juge Charles Beaubien est lourdement éprouvé lors de la révolte à Taos en 1847. Alors qu'il préside un procès dans la ville de Tierra Amarilla, son fils Narciso et le gouverneur Bent sont tués par les insurgés qui s’emparent de la ville. Suite à cet évènement, Beaubien, n’ayant plus de fils pour assurer sa succession, remet entre les mains de ses deux gendres la gérance de ses affaires. Il se retire partiellement de la vie publique en 1851. Un an avant sa mort, à Taos en 1864, il se résout à vendre l’ensemble de ses propriétés au gouverneur du Colorado.

Charles Beaubien demeure un personnage important de l’histoire du Nouveau-Mexique. Le New Mexcico historical review publié par l’université du même nom lui consacre deux longs articles en 1967 et en 1971, dans lesquels on souligne l’apport non négligeable du Nicolétain à la fondation de cet état américain. Parmi les documents d’archives concernant la famille Beaubien conservés au CAR Séminaire de Nicolet, on retrouve un contrat notarié daté du mois de mai 1861 dans lequel Charles Beaubien cède officiellement ses droits sur l’île Moras à sa sœur Éléonore. Ce document semble indiquer que, malgré son existence mouvementée de pionnier du far west américain, Charles Beaubien est demeuré en relation avec les membres de sa famille de Nicolet jusqu’à la fin de sa vie.
Texte : Serge Rousseau pour le Car Séminaire de Nicolet
Références : Fonds Albertus Martin F277/M143/7
Collection Beaubien-Lozeau-Pacaud C444/A2/11
Références photos: Île Proulx ou île Moras en 1916 Fonds Albertus Martin F277-I98-2-11:
Docteur Pierre Beaubien avant 1900
Collection Georges-Étienne Brassard C079-G6-29-199

ABJURATIONS ET RENONCIATIONS À SAINT-JOSEPH-DE-DRUMMONDVILLEDifficile de l’imaginer aujourd’hui, mais au 19e siècle le b...
08/23/2026

ABJURATIONS ET RENONCIATIONS À SAINT-JOSEPH-DE-DRUMMONDVILLE

Difficile de l’imaginer aujourd’hui, mais au 19e siècle le boulevard Saint-Joseph à Drummondville est une simple route rurale appelée communément le troisième rang de Grantham. À l’époque, les fermes et terres environnantes de ce secteur appartiennent toutes à des propriétaires anglophones. Deux exceptions viennent confirmer la règle : la terre d’une famille Dorion et un lot appartenant à la fabrique Saint-Frédéric destiné à devenir le futur cimetière de cette paroisse.

Dès le début du vingtième siècle, l’industrialisation s’accélère. La venue de nombreuses usines attire bon nombre d’ouvriers, ce qui requiert la construction de nouveaux logements. Plusieurs fermes sont alors subdivisées en terrains pour favoriser le développement domiciliaire. C’est dans ce contexte que la paroisse de Saint-Joseph-de-Grantham est érigée canoniquement le 8 avril 1936 par Mgr Brunault. On construit le presbytère, dans un premier temps, afin d’y loger le curé fondateur, Adolphe Demers. L’église, elle, attendra jusqu’en septembre 1942 avant d’accueillir ses premiers fidèles. En novembre 2006, Mgr St-Gelais supprime les paroisses Saint-Joseph, Saint-Jean-Baptiste et Saints-Pierre-et-Paul de Drummondville pour les rattacher à la paroisse Saint-Pie-X. En 2007, le regroupement de ces quatre paroisses est désigné sous le nom de Bon-Pasteur.

Fait intéressant, on retrouve parmi le fonds d’archives de la Fabrique Saint-Joseph-de Drummondville, un certain nombre de demandes officielles d’abjurations soumises aux autorités du diocèse. Il s’agit essentiellement de protestants désireux de renoncer à leur religion pour se convertir au catholicisme. Ces renonciations sont une conséquence directe du flux migratoire francophone engendré par l’expansion industrielle fulgurante que connaît la région. Les anglophones, majoritairement de confession protestante, voient leur poids démographique s’effrité sous l’arrivée massive des francophones essentiellement catholiques. Les fréquentations et les mariages de confession mixte s’avèrent inévitables. L’Église catholique refuse catégoriquement de consacrer ce genre d’union, sans l’abjuration formelle et sincère de « l’hérétique ». L’Église ne lésine pas avec ce genre de serment. L’abjurateur doit démontrer, hors de tout doute, la sincérité de sa conversion. Il faut aussi qu’il accepte de signer un formulaire intitulé « Profession de foi pour les non catholiques » émise par le Saint Office. Le candidat au baptême jure alors la main sur les Saints Évangiles: « je professe la foi qu’enseigne l’Église catholique apostolique et romaine (…) et je me soumets à elle de tout cœur. Je crois que le Pontife romain est le Vicaire de Jésus-Christ sur terre, le chef suprême visible de toute l’Église. Infaillible quand il enseigne ce qu’il faut croire et pratiquer. Je crois en outre tout ce que la sainte Église catholique, apostolique et romaine définit et déclare d’être de foi. À elle, j’adhère de tout cœur et je rejette toutes les erreurs et les schismes qu’elle condamne ». Toutefois, avant de pouvoir apposer sa signature au bas de ce document, l’abjurateur est soumis à une enquête exhaustive visant à s’assurer de la sincérité irréversible de sa conversion. Ces étapes franchies, la cérémonie du baptême se déroule dans l’intimité de la sacristie ou du presbytère et non devant l’autel, selon le protocole habituel.

On retrouve parmi les archives de la fabrique Saint-Joseph cinq abjurations signées par des protestants convertis au catholicisme et le même nombre de renonciations à l’Église catholique.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Fonds Fabrique Saint-Joseph-de-Drummondville F417/A1/5, F417/A1/6
Photos : Presbytère Saint-Joseph de Drummondville vers 1945, F085-P13264. Instructions pour les célébration des mariages mixtes- F417-A1-9

LE PALAIS DE JUSTICE DE NICOLET : UN PATRIMOINE EN PÉRILAu Québec, il se passe rarement une semaine sans qu’on apprenne ...
08/19/2026

LE PALAIS DE JUSTICE DE NICOLET : UN PATRIMOINE EN PÉRIL
Au Québec, il se passe rarement une semaine sans qu’on apprenne qu’un édifice patrimonial ne soit menacé de démolition. On évoque alors la vétusté du bâtiment en question et le coût astronomique de son éventuelle restauration pour le céder aux pics des démolisseurs. Cela même, si comme dans le cas du palais de justice de Nicolet, les élus tiennent à sa préservation. À l’été 2025, après plus d’un an de démarches, de constats d’infraction et d’ordonnances restés sans effet, la Ville de Nicolet décide de passer à l’étape ultime dans le dossier de l’ancien palais de justice, géré par la Société québécoise des infrastructures, et demande l’expropriation auprès du Tribunal administratif du Québec. Comme l’affirme la mairesse Geneviève Dubois : « Le palais de justice fait partie de notre identité Nicolétaine. C'est un témoin de notre histoire depuis 1910 et un repère architectural qui mérite d'être transmis aux générations futures. » Conçu par l’architecte Louis Caron, le bâtiment de style néo-classique, classé patrimonial depuis 2012, se distingue par la noblesse de ses matériaux, l'élégance de son ornementation et constitue un véritable joyau architectural.

Notons que le palais de justice voit le jour au cours du processus qui mène à la création du district judiciaire de Nicolet érigé en 1915 avant d’être réintégré à celui de Trois-Rivières au début des années 70. Grâce à ses nombreuses institutions religieuses scolaires, industrielles et financières qui rassemblent un nombre considérable de voyageurs et hommes d’affaires, Nicolet s’impose comme le centre d’activité régional au sud du Saint-Laurent, entre Québec et Montréal. À partir de cette constatation, en 1893, le conseil municipal de Nicolet suggère de former un district judiciaire en détachant Nicolet de celui de Trois-Rivières en précisant que Nicolet fournit déjà le tiers des causes se retrouvant devant la Cour supérieure.

Durant sa soixantaine année d’existence, le palais de justice de Nicolet est le théâtre de causes qui retiennent l’attention. Soulignons, entre autres, le meurtre de Denise Ampleman, âgée de 22 ans, en 1968. Cette dernière disparait de son logis de Québec le 29 juin 1968. N’assistant pas comme prévu au mariage de son frère le 6 juillet, ses parents s’inquiètent et contactent les policiers pour signaler sa disparition. Son corps est retrouvé à Saint-Léonard-d ’Aston le 10 août suivant. S’ensuit un procès aux nombreux rebondissements au terme duquel une connaissance de la victime, Jean Leblanc, 25 ans de Sainte-Perpétue, est reconnu coupable du meurtre et condamné à la prison à vie. Mais l’affaire la plus médiatisée au niveau provincial demeure sans doute l’enquête publique sur la police de Trois-Rivières qui débute le 16 novembre 1982. De nombreux policiers sont alors accusés de parjure, d’intimidation de témoins, de faux témoignages, de vols à main armée, de tentative de meurtre, de fabrication de preuves, de conflits d’intérêts, laissant entendre que le service policier de Trois-Rivières au lieu de protéger la population représente plutôt une menace pour celle-ci. Durant cette enquête, l’affaire Dupont, un policier de Trois-Rivières s’étant prétendument suicidé en 1969, refait surface en remettant en doute les méthodes d’enquête sur ce nébuleux décès. Les révélations de l’enquête sur la police trifluvienne, menée devant le juge Denys Dionne, deviennent si embarrassantes que le syndicat de la police du Québec tente, sans succès, d’obtenir une ordonnance pour interdire aux journalistes l’accès au palais de justice de Nicolet.

Aujourd’hui, le bâtiment et ses alentours continuent à se détériorer. Cela, malgré la multiplication des actions de la ville de Nicolet pour contraindre le propriétaire à assumer ses responsabilités. Suite à des pressions légales répétées, concernant des déficiences majeures au niveau de l’entretien de la bâtisse et du terrain, on ne constate aucune amélioration jusqu’à ce jour. Devant l’impasse, le conseil municipal a choisi d’aller de l’avant avec une démarche d’expropriation pour des motifs patrimoniaux, une première au Québec, selon les élus. En août 2025, un mandat d’évaluation de la valeur marchande du bâtiment a été confié afin de préparer le dépôt d’une indemnité provisoire au tribunal. Ce qui pourrait mener le dossier devant le Tribunal administratif du Québec ou la Cour supérieure en cas de contestation, sinon la Ville deviendra propriétaire de l’immeuble et les discussions se limiteront à la détermination du prix, à l’amiable ou devant un juge. On attend toujours le dénouement.

Texte : Serge Rousseau pour le CAR Séminaire de Nicolet
Références : Fonds J.-B.-Arthur Rousseau F479/A1/3. Courrier Sud 15 septembre 2025. Le Soleil 13 septembre 1968.
Photos : Palais de justice, rue Signay vers 1915, F238-J21-2-41. Palais de justice vers 1910, F085-P4445. Palais de justice de Nicolet 2026.

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