Serge Gouin

Serge Gouin "Comment être humain ?"

À celles et ceux qui ont connu Serge,J’ai le profond regret de vous annoncer qu’il nous a quittés le 11 novembre à 10 h ...
12/12/2025

À celles et ceux qui ont connu Serge,

J’ai le profond regret de vous annoncer qu’il nous a quittés le 11 novembre à 10 h 30.

Serge ne souhaitait ni annonce publique, ni publication, ni exposition. Il désirait avant tout protéger son épouse. J’ose ici m’écarter de ce souhait, avec beaucoup de respect, car apprendre trop t**d le départ d’un être aimé peut être plus douloureux encore.

Sachez qu’il est parti sereinement.

Si vous ressentez le besoin de communiquer quoi que ce soit, je vous invite à m’écrire en privé à l’adresse suivante :
[email protected]

Je vous partage également ici le texte que j’ai écrit et lu à mon père le matin de son départ, accompagné de la musique Egmont de Beethoven, qu’il aimait profondément.

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Go Serge Go
Oui, c’est Egmont que tu m’as tant fait écouter.
Assurément Ferré est présent, et sa voix.
J’ose percer ce morceau de ma propre voix
Parce que je suis ta fille et tu m’as dit d’oser.

En aimant ma mère sans condition, fidèle
À ton cœur, tu t’es reproduis. Je suis ici.
Tes gènes informent mon esprit, l’essentiel,
L’authentique, le vrai, l’unique, c’est ainsi

L’originel message : ne pas avoir peur.
Pour accéder aux perles de mes profondeurs,
L’ultime obstacle à franchir, alors je t’écris
Ce poème pour toi mon père qui m’a dit

N’aie pas peur, n’aie pas peur, accomplis tes souhaits.
Et je suis partie, ivre, chevauchant ma vie.
Je reviens à ton chevet prendre le relai.
À mon tour de t’encourager. Suis ton Envie.

Le vent d’automne achève de faire tomber
Les feuilles flamboyantes. Rouge, jaune, orange.
Sur la terre, le tapis rouge est déposé
Pour le départ de mon père. Cet être étrange

Aux éclats de rage et de rire, embrassant
La beauté sous toutes ses formes, combattant
Le médiocre, la lâcheté, la fausseté.
Faisant fi des regards. L’important c’est d’aimer.

Le rouge, le jaune orange brûlent ce jour,
Serge et font fondre, et sombrer l’effroi du vide.
Ce sont tes couleurs de vie, oriflamme guide
Claquant au cœur de tous ceux qui ont, tour à tour,

Croisés ton regard perçant, profond, enflammant
L’incertitude d’être vivant, nous secouant
Par les épaules, de tes mains, nous écartant
Des chemins battus. Ah, je me rappelle enfant,

Nous prenions la route et tu nous menais toujours
Par des détours, vers des passages méconnus,
Des allées interdites, et nous restions émus
Par la découverte offerte. Merveilleux jours.

Aller au bout du bout de la pointe de terre
Qui se jetait dans l’eau, le fleuve, océan, mer.
Tu voulais voir là-bas. Peu importe les frontières,
Peu importe la faim ou pertes de repères.

Go Serge Go. Va au-delà voir l’inconnu.
Reste fidèle à ton esprit curieux. Go !
Poursuis ton désir audacieux. Tu as vécu
En être de matière. Aujourd’hui, qui sait. Go !

Le Grand Saut. Le Grand Saut ! Go Gouin ! Go ! Go ! Go !

Tu t’es bien battu, mon père, rien ne fut vain,
Car ta voix, tes crisses d’ostie de tabarnak
Vibrent sans cesse, encourageant le ressac
Pour nous libérer de la poussière, du destin.

Go Serge Go ! Ne t’att**des pas. Ni l’errance
Ni le chagrin de nos corps ne doivent freiner
L’élan de ton esprit courageux. L’élégance
De ton noble désir, tête haute, de nous quitter.

Toi, professeur, l’homme sans peur et sans reproche,
Non, tes batailles n’ont pas été vaines. Héros
Dans les yeux des enfants, léguant la clé, la roche,
L’outil pour ouvrir la porte ou casser les carreaux.

Tes armes forgées par ta chair et tes idées,
Par l’intensité de tes appétits, ta soif
De savoir, d’entendre, de toucher, de goûter,
Tes armes tranchantes divisent et décoiffent.

Rivalisant avec l’absolu - œil perdu !
T’amusant avec l’ordre établi – flanc percé !
Défiant la loi des éléments – pied cassé !
Dur ici de s’exprimer sans être battu.

Les éclats. Les bruits. Le vivant est vite occi.
Tu mérites le repos, la paix et la joie
Infinie. Sans entrave physique, élance-toi
Vers l’indicible, l’incroyable, l’inouï.

Rappelle-toi dans ce bistrot bruyant, l’Express
Où nous imaginions des mondes ailleurs,
Vivants sous d’autres formes telle une promesse
Sans oxygène qui nous oxyde. Quel bonheur !

Quel étrange voyage tu t’apprêtes à faire,
Sans bagage, sans adresse, et sans retour.
Au seuil de l’inconnu, nous sommes matière
Et toi déjà léger, prêt depuis longtemps pour

Le Grand Saut. Sots, nous restons interloqués, lourds,
Coude à coude, liés aux vertiges tambours
Des questions que nous nous posons jour et nuit
En secret pour ne pas déplaire à cette vie

Qui veut vivre absolument, éternellement.
Tromperie. Cachoterie. Jalousie qu’est la vie
Comme si elle seule était finalement
L’unique issue de notre existence, j’en ris !

Rappelle-toi si dans le noir sans horizon,
Sans matière, sans lumière, sans appel et sans souffle,
Si le néant peu à peu envahit le gouffre
De tes doutes, tournant autour de la maison

Inquiet de notre chagrin. Go Serge Go !

Va au-delà du connu, reprends ton flambeau.
Ne te laisse pas berner par ce qui est brillant,
Ce tunnel préfabriqué, toboggan charmant
Où les dieux volent nos âmes et boivent notre sang !

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