12/08/2026
𝐈𝐥 𝐲 𝐚 𝐝𝐞𝐮𝐱 𝐚𝐧𝐬, 𝐁𝐞𝐧𝐣𝐚𝐦𝐢𝐧 𝐁𝐢𝐨𝐭 𝐜𝐮𝐥𝐭𝐢𝐯𝐚𝐢𝐭 𝟒𝟓 𝐡𝐞𝐜𝐭𝐚𝐫𝐞𝐬 𝐚̀ 𝐇𝐚𝐯𝐞𝐥𝐚𝐧𝐠𝐞. 𝐈𝐥 𝐞𝐧 𝐜𝐮𝐥𝐭𝐢𝐯𝐞 𝟐𝟎 𝐚𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐝'𝐡𝐮𝐢.
Il n'a rien fait de mal. Le propriétaire des 25 autres a repris ses terres pour un projet personnel - c'était une location annuelle, et c'était son droit.
C'est toute l'histoire de l'agriculture qui s'installe aujourd'hui : on ne perd pas ses terres parce qu'on cultive mal. On les perd parce qu'on ne les possède pas.
▶️CE QU'IL A CONSTRUIT
Champs de Barsy n'est pas une ferme, c'est une société. Constituée le 22 mars 2019, commune à Benjamin et à Froidefontaine, la ferme de Havelange qui l'accueille. Elle a exactement un objet : lui permettre de cultiver les terres, sans avoir à les acheter.
En novembre 2020, elle lève 168 000 € - de quoi bâtir du stockage et acheter du matériel.
Il n'arrivait pas les mains vides. Depuis 2014, il a sa propre entreprise de travaux agricoles, Biot-Alternatives, à Ohey. Cinq ans de métier et une machine avant de semer pour son compte.
▶️CE QU'IL FAIT POUSSER
Des pommes de terre bio. Les variétés changent chaque année, selon les résultats d'essais que le CRA-W présente aux producteurs. Pour 2026 : Vitabella, Oscar, Otolia, Alouette.
Et des associations - blé-féverole cette année, un essai de moutarde associée à de la lentille en préparation. Deux plantes dans un même champ, qui se rendent service au lieu de recevoir un traitement.
Il y a eu la moutarde de 2023, semée en avril et menée jusqu'à maturité — pas comme engrais vert, ce qu'elle est d'habitude. Les graines sont parties chez Bister, à Achêne, via la coopérative Farm For Good. Et du tournesol, dont il expliquait le choix ainsi :
« 𝘊𝘦𝘵𝘵𝘦 𝘢𝘯𝘯𝘦́𝘦-𝘭𝘢̀, 𝘰𝘯 𝘤𝘩𝘦𝘳𝘤𝘩𝘢𝘪𝘵 𝘶𝘯 𝘱𝘦𝘶 𝘭𝘦 𝘴𝘰𝘭𝘦𝘪𝘭. 𝘋𝘶 𝘤𝘰𝘶𝘱, 𝘰𝘯 𝘢 𝘥𝘦́𝘤𝘪𝘥𝘦́ 𝘥𝘦 𝘭𝘦 𝘤𝘶𝘭𝘵𝘪𝘷𝘦𝘳. »
▶️À FROIDEFONTAINE, ILS SONT CINQ
La Poule Qui Roule, Les Brebis de Barsy, Jonas et ses petits fruits, la Cidrerie du Condroz, et lui. 𝗖𝗶𝗻𝗾 𝗽𝗿𝗼𝗱𝘂𝗰𝘁𝗲𝘂𝗿𝘀 𝗶𝗻𝗱𝗲́𝗽𝗲𝗻𝗱𝗮𝗻𝘁𝘀 𝘀𝘂𝗿 𝘂𝗻 𝗺𝗲̂𝗺𝗲 𝘀𝗶𝘁𝗲. Le foin part chez les Brebis de Barsy, où Catherine Koenigs transforme le lait à la ferme - glaces, fromages, yaourts.
Ces circuits-là tiennent à peu de chose. Ses céréales nourrissaient les Coucous de Malines de La Poule qui Roule ; elles ne les nourrissent plus. Les poulets mangent un mélange complet, et l'éleveur devait le commander sans le blé pour y mettre celui de Benjamin. Le fabricant du mélange n'a pas voulu. La collaboration a pris fin.
Un blé produit à trois cents mètres du poulailler ne peut pas y entrer, parce qu'un industriel refuse de retirer une ligne de sa recette. C'est aussi bête que ça, et ça n'a rien d'exceptionnel.
▶️ L'ANNÉE OÙ IL A TOUT PERDU, IL L'A RACONTÉE
Août 2024 : « 𝘋𝘦𝘴 𝘮𝘪𝘯𝘪 𝘧𝘳𝘪𝘵𝘦𝘴, 𝘤̧𝘢 𝘷𝘰𝘶𝘴 𝘵𝘦𝘯𝘵𝘦 ? » L'humour couvrait mal l'affaire. Ses clients réclamaient de l'Agria - délicieuse, sans résistance au mildiou. Il a plu tout l'été. La culture a été décimée.
Il aurait pu passer à autre chose. Il a détaillé :
« 𝑃𝑒𝑟𝑡𝑒 𝑑𝑒 𝑟𝑒𝑣𝑒𝑛𝑢𝑠 𝑖𝑚𝑚𝑒́𝑑𝑖𝑎𝑡𝑠 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑙𝑒 𝑝𝑟𝑜𝑑𝑢𝑐𝑡𝑒𝑢𝑟 𝑚𝑎𝑙𝑔𝑟𝑒́ 𝑙𝑒𝑠 𝑓𝑟𝑎𝑖𝑠 𝑑𝑒́𝑗𝑎̀ 𝑒𝑛𝑔𝑎𝑔𝑒́𝑠 - 𝑎𝑐ℎ𝑎𝑡𝑠 𝑑𝑒𝑠 𝑝𝑙𝑎𝑛𝑡𝑠, 𝑡𝑟𝑎𝑣𝑎𝑖𝑙 𝑑𝑢 𝑠𝑜𝑙, 𝑒𝑛𝑔𝑟𝑎𝑖𝑠 𝑑𝑒 𝑓𝑒𝑟𝑚𝑒, 𝑚𝑎𝑖𝑛 𝑑'œ𝑢𝑣𝑟𝑒. »
Puis il a redemandé, comme chaque année, qu'on accepte les variétés robustes.
▶️ LE DOUTE QU'IL N'A PAS CACHÉ NON PLUS
Février 2025, réunion du Collège des producteurs. On lui demande si le label bio a de l'avenir.
« 𝐿𝑎 𝑐𝑜𝑙𝑙𝑒 ! 𝑂𝑛 𝑎 𝑒𝑛𝑣𝑖𝑒 𝑑𝑒 𝑟𝑒́𝑝𝑜𝑛𝑑𝑟𝑒 𝑜𝑢𝑖, 𝑏𝑖𝑒𝑛 𝑠𝑢̂𝑟. 𝑀𝑎𝑖𝑠 𝑖𝑙 𝑦 𝑎 𝑢𝑛 𝑑𝑜𝑢𝑡𝑒 𝑞𝑢𝑎𝑛𝑑 𝑚𝑒̂𝑚𝑒. »
Entre le bio d'importation en grande surface et les produits rappelés pour pesticides, il trouve que quelque chose ne tourne pas rond, et que le consommateur est pris entre les deux.
Sa réponse tient dans une enveloppe. Chaque année, son organisme de certification lui envoie un rapport d'essai. Octobre 2025 : aucune substance interdite détectée. Il l'a publié.
▶️ LES MACHINES QU'IL FABRIQUE LUI-MÊME
En bio, il n'y a pas de recours chimique : le désherbage est mécanique. Le manuel devient rare - il ne tient pas sur plusieurs hectares.
Mais les machines nécessaires sont hors de portée d'une ferme de cette taille. Alors il les construit. Depuis 2021.
Ce sont elles, sur les photos.
▶️ ET CE QU'IL VOULAIT DIRE
Nous lui avons soumis ce portrait avant de le publier. Il a corrigé sept faits, puis il a ajouté ceci - et c'est le cœur du texte, pas sa conclusion :
« 𝐿𝑎 𝑐ℎ𝑜𝑠𝑒 𝑙𝑎 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑖𝑚𝑝𝑜𝑟𝑡𝑎𝑛𝑡𝑒 𝑟𝑒𝑠𝑡𝑒 𝑙'𝑎𝑐𝑐𝑒̀𝑠 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑡𝑒𝑟𝑟𝑒. 𝐵𝑒𝑎𝑢𝑐𝑜𝑢𝑝 𝑑'ℎ𝑒𝑐𝑡𝑎𝑟𝑒𝑠 𝑠𝑜𝑛𝑡 𝑎𝑣𝑎𝑙𝑒́𝑠 𝑝𝑎𝑟 𝑑𝑒𝑠 𝑖𝑛𝑣𝑒𝑠𝑡𝑖𝑠𝑠𝑒𝑢𝑟𝑠 𝑝𝑟𝑖𝑣𝑒́𝑠 𝑞𝑢𝑖 𝑛'𝑜𝑛𝑡 𝑎𝑢𝑐𝑢𝑛𝑒 𝑎𝑓𝑓𝑖𝑛𝑖𝑡𝑒́ 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑙𝑒 𝑚𝑖𝑙𝑖𝑒𝑢 𝑎𝑔𝑟𝑖𝑐𝑜𝑙𝑒. 𝐼𝑙𝑠 𝑓𝑜𝑛𝑡 𝑎𝑟𝑡𝑖𝑓𝑖𝑐𝑖𝑒𝑙𝑙𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑔𝑟𝑖𝑚𝑝𝑒𝑟 𝑙𝑒 𝑝𝑟𝑖𝑥 𝑑𝑒𝑠 𝑡𝑒𝑟𝑟𝑒𝑠 𝑒𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑟𝑒𝑛𝑑𝑒𝑛𝑡 𝑖𝑛𝑎𝑡𝑡𝑒𝑖𝑔𝑛𝑎𝑏𝑙𝑒𝑠 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑙𝑎 𝑝𝑙𝑢𝑝𝑎𝑟𝑡 𝑑𝑒𝑠 𝑎𝑔𝑟𝑖𝑐𝑢𝑙𝑡𝑒𝑢𝑟𝑠. 𝐿'𝑎𝑔𝑟𝑖𝑐𝑢𝑙𝑡𝑢𝑟𝑒 𝑝𝑎𝑦𝑠𝑎𝑛𝑛𝑒, 𝑎̀ 𝑡𝑎𝑖𝑙𝑙𝑒 ℎ𝑢𝑚𝑎𝑖𝑛𝑒 𝑒𝑡 𝑓𝑎𝑚𝑖𝑙𝑖𝑎𝑙𝑒, 𝑠𝑒 𝑚𝑒𝑢𝑟𝑡 𝑑𝑜𝑛𝑐 𝑙𝑒𝑛𝑡𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑎𝑢 𝑝𝑟𝑜𝑓𝑖𝑡 𝑑𝑒 𝑠𝑡𝑟𝑢𝑐𝑡𝑢𝑟𝑒𝑠 𝑞𝑢'𝑜𝑛 𝑞𝑢𝑎𝑙𝑖𝑓𝑖𝑒𝑟𝑎 𝑑𝑎𝑣𝑎𝑛𝑡𝑎𝑔𝑒 𝑑'𝑎𝑔𝑟𝑜-𝑖𝑛𝑑𝑢𝑠𝑡𝑟𝑖𝑒. »
- 𝗕𝗲𝗻𝗷𝗮𝗺𝗶𝗻 𝗕𝗶𝗼𝘁, 𝗖𝗵𝗮𝗺𝗽𝘀 𝗱𝗲 𝗕𝗮𝗿𝘀𝘆, 𝗮𝗼𝘂̂𝘁 𝟮𝟬𝟮𝟲
Il a perdu 25 hectares sur 45. Il ne le raconte pas comme un malheur personnel : il le range dans quelque chose de plus grand, et il a raison de le faire.
𝗘𝗻 𝗕𝗲𝗹𝗴𝗶𝗾𝘂𝗲, 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗱𝗲 𝗾𝘂𝗮𝗿𝗮𝗻𝘁𝗲 𝗲𝘅𝗽𝗹𝗼𝗶𝘁𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗱𝗶𝘀𝗽𝗮𝗿𝗮𝗶𝘀𝘀𝗲𝗻𝘁 𝗰𝗵𝗮𝗾𝘂𝗲 𝘀𝗲𝗺𝗮𝗶𝗻𝗲 𝗱𝗲𝗽𝘂𝗶𝘀 𝘁𝗿𝗲𝗻𝘁𝗲 𝗮𝗻𝘀.
Champs de Barsy - Froidefontaine 1, 5370 Barsy (Havelange)