04/07/2026
Canicule: un condensé de chaleur, patience et responsabilités 🔥
Aujourd'hui, j'avais envie de partager ce qui m'a le plus marqué dans mes métiers lors de la canicule de la semaine dernière: cette notion de responsabilité (non pas dans le sens d'être responsable de la cause de la canicule, ça c'est encore un autre sujet que d'autres personnes que moi l'ont soulevé à juste titre)
En tant qu'éleveuse et gardienne de troupeau j'ai senti le poids immense que c'est d'être responsable de mes animaux. J'en suis responsable 365 jours par an, 24h par jour mais la semaine dernière, c'était difficile à vivre. Parce que je ne pouvais pas faire grand chose de plus que ce que j'avais mis en place : les mettre dans une prairie à l'ombre tant il y avait encore de l'herbe, faire la traite plus tôt le matin, les soigner plus t**d le soir, leur passer des linges humides sur le corps, démonter des plexi pour créer des mouvements d'air dans le bâtiment, arroser les murs extérieurs d'eau froide à l'aube et en soirée, leur apporter des litres et des litres d'eau en plus des abreuvoirs automatiques, installer des ventilateurs.
Malgré tout ça, elles avaient trop chaud, certaines haletaient du matin au soir... Et je ne pouvais rien faire de plus que d'attendre, comme tout le monde, que la vague de chaleur passe.
En tant que fromagère, j'ai senti la pression énorme de devoir continuer à produire des aliments sains et de qualité dans des équipements pas adaptés à de telles chaleurs. Je suis responsable de votre santé pour chaque litre de lait transformé en fromage dans ma fromagerie! Alors j'ai fait ce que j'ai pu : j'ai adapté mes horaires, j'ai adapté mes recettes, j'ai adapté mon planning de fabrication (coucou 👋 les camemberts et les tommes), j'ai tenté de garder des températures correctes à l'intérieur de la fromagerie en la peignant en blanc, en isolant le toit, en mettant des stores aux fenêtres à l'intérieur, des voiles d'ombrage à l'extérieur, j'ai fait tourner mon p'tit airco de fortune à fond de balles (coucou 👋 la note d'électricité). Et surtout j'ai pris mon mal en patience, comme tout le monde.
En tant que vendeuse en vente directe, j'ai senti la gêne de devoir annuler non pas UN, mais deux marchés de suite. La première semaine j'ai mis en place un système de commande et de livraison (aux même heures que le marché!), quatre personnes ont passé commande. La deuxième semaine, je n'ai rien mis en place car je savais d'instinct que je ne serai pas la seule absente (de fait, aucun marchand avec frigo n'était présent). On a choisi de protéger nos aliments, votre santé et nos équipements (une remorque ça coûte cher et vilain!). Et j'ai attendu que le mercure redescende, comme tout le monde.
En tant que petite indépendante, j'ai senti la crainte de ne pas faire de rentrées pendant deux semaines d'affilés. Mais je l'ai vu comme un investissement. J'ai la chance d'être capable de faire plusieurs recettes de fromages (enfin, ce n'est pas de la chance, je me suis formée pour!). J'ai donc fabriqué des fromages qui ont besoin de temps d'affinage plus longs et qui pourront être vendus et dégustés plusieurs semaines plus t**d. Et là encore, il n'y avait que la patience à chérir.
Alors voilà, cette semaine de canicule n'a pas seulement été écrasante et suffocante physiquement, elle l'a aussi été mentalement.
Alors vraiment chers consommateurs et consommatrices, quand vous me dites au marché que "j'aurais pu adapter mes horaires de marché" ou que "je devrais m'acheter de nouveaux frigo", j'ai du mal à ne pas ressentir de la colère face à cette méconnaissance au mieux, de l'egoïsme ou du mépris au pire.
Pour mes autres client.e.s qui ont demandé des nouvelles des chèvres et de la semaine qu'on avait passé, coeur sur vous! 🫶🫶🫶