01/01/2026
Tout et dis …
Entre 1958 et 1962, le scientifique américain du comportement John B. Calhoun a mené l’une des expériences les plus troublantes de l’histoire des sciences. Dans un habitat spécialement conçu — un véritable paradis pour des souris, avec un accès illimité à la nourriture, à l’eau et à l’espace — il souhaitait étudier l’évolution des dynamiques sociales au sein d’une population en croissance. Au début, tout semblait parfait : la population de souris augmentait, des structures sociales se mettaient en place et la vie prospérait. Mais après environ 317 jours, la croissance s’est arrêtée — puis, progressivement, l’équilibre s’est rompu. À partir d’une population d’environ 600 individus, de graves troubles comportementaux sont apparus : luttes de domination, isolement, agressivité incontrôlée, repli sur soi et même apathie.
Les mâles ont perdu tout intérêt pour l’accouplement, tandis que les femelles devenaient de plus en plus violentes. Des groupes de ce que Calhoun appelait les « beautiful mice » ont émergé — des souris physiquement saines, mais totalement passives sur le plan social, sans instinct reproducteur ni intérêt pour leur environnement. Le taux de mortalité des jeunes a atteint 100 %, et l’effondrement total de la colonie a rapidement suivi, accompagné de cannibalisme, de désorientation et d’abandon social.
Calhoun a répété l’expérience à 25 reprises, et à chaque fois, la surpopulation et la désintégration sociale ont conduit au même dénouement.
Aujourd’hui, l’expérience dite « Universe 25 » est considérée comme un modèle sombre des sociétés urbaines modernes — un avertissement sur ce qui peut se produire lorsque la structure, le sens et les défis naturels disparaissent.