17/08/2026
Julie et Mélissa avaient mon âge.
Je me souviens de cette période.
Surtout de ce sentiment étrange que quelque chose avait changé, du jour au lendemain.
Nous étions des enfants.
Et soudain, nos parents avaient peur.
On ne sortait plus de la même manière. On faisait davantage attention. On entendait davantage de « ne parle pas aux inconnus », « ne suis personne », « fais attention ».
L’enfance avait perdu une partie de son insouciance.
Aujourd’hui, presque 30 ans plus t**d, il est important de ne pas oublier Julie et Mélissa.
Mais il est important de se demander ce que nous avons appris depuis.
Parce que lorsqu’on parle de violences sexuelles faites aux enfants, l’image qui vient souvent à l’esprit est encore celle de l’inconnu qui attire un enfant dans une camionnette blanche.
Mais la réalité est bien plus complexe.
Un enfant peut être victime d’une personne qu’il connaît, une personne en qui il a confiance, une personne qui fait partie de son entourage et parfois même de sa famille.
Et c’est précisément pour cela que la prévention doit commencer tôt.
Apprendre à un enfant que son corps lui appartient, lui apprendre à nommer ses parties intimes (sa poitrine, son sexe, ses fesses, sa bouche…), lui expliquer qu’il a le droit de dire non.
Mais aussi:
Qu’un adulte n’a pas tous les droits sur son corps simplement parce qu’il est adulte ;
Qu’il existe des secrets « poison » que l’on ne doit pas garder.
Et surtout, lui dire encore et encore :
« Si quelque chose te met mal à l’aise, tu peux m’en parler ou en parler à tes personnes de confiance (identifiées au préalable avec l’enfant: papy, mamy, parrain, marraine, ton professeur, la voisine,…) ».
L’école a aussi un rôle essentiel à jouer dans cette éducation, dès le plus jeune âge: pas pour faire peur aux enfants; pas pour leur apprendre à se méfier de tout le monde; mais pour leur donner des mots.
Parce qu’un enfant qui ne sait pas que certaines limites existent peut difficilement les faire respecter.
Et parce que tous les enfants n’ont pas la chance d’avoir, autour d’eux, des adultes qui leur transmettent ces repères.
Dans mon métier de médiatrice, je suis particulièrement sensible à la place donnée à la parole de l’enfant ; à sa capacité à exprimer ce qu’il ressent, ce qu’il veut, ce qu’il ne veut pas.
Et je crois profondément que cette parole se construit aussi bien avant que l’irréparable survienne.
Apprendre à un enfant que son corps lui appartient, ce n’est pas lui faire peur, c’est lui donner du pouvoir sur lui-même. Et c’est aussi nous rassurer en tant que parent.
Julie et Mélissa avaient mon âge il y a 30 ans…
Je ne veux pas que leur histoire soit uniquement le souvenir douloureux d’une génération.
Je voudrais qu’elle nous rappelle aussi notre responsabilité collective : protéger les enfants, c’est aussi leur apprendre à se protéger et, surtout, leur apprendre que leur parole sera entendue. On l’oublie souvent mais les enfants ont énormément de ressources ! Outillons-les !
Ne pas oublier, mais transmettre. 🤍