09/11/2024
L'Histoire d'un Projet de Vie
Je vous offre mon histoire dans sa forme la plus authentique, sans artifice, l’âme à nu.
2016 – Le Déclic
En 2016, tout a commencé un soir ordinaire. J’ai regardé le film "Demain", sans me douter que ce serait le début d’un bouleversement. Au fil des images, un désir profond a émergé : faire quelque chose, à mon échelle, pour un avenir plus durable. Ce film m’a fait prendre conscience de la force du changement individuel. Comme une graine, cette idée s’est ancrée en moi, et elle n’a jamais cessé de grandir.
2017 – Le Rêve Prend Racine
L’année suivante, ce désir est devenu une vision. J’imaginais un lieu en harmonie avec la nature, une ferme où chaque action serait pensée pour préserver le vivant. Cette idée, encore vague, m’appelait avec insistance. J’étais prêt à la transformer en réalité, sans savoir exactement comment. Mais je savais déjà que ce projet deviendrait une mission de vie.
2018 – Les Premières Épreuves et la Découverte de la Ferme
Déterminé à réaliser mon rêve, je me tourne vers la formation. J’ai essuyé trois refus du Fongecif pour une reconversion, mais ces refus n’ont fait qu’attiser ma détermination. En septembre, je m’inscris alors à un BTS Agricole à distance à l'ESA de Angers (49), tout en gardant mon CDI pour assurer mes revenus. Et en mars de cette même année, je découvre une propriété lors d’une visite. Cette ferme, encore à l’abandon, me captive. Malgré son état, je ressens une connexion immédiate. Je la revois déjà pleine de vie, transformée. En juillet, je signe le compromis de vente. Chez moi, j’aménage un petit jardin, où je plante et multiplie des fruitiers, des arbustes, en prévision de les transférer un jour sur cette terre, qui deviendra la mienne.
2019 – Entre Pratiques et Embûches
Les mois passent, mais je ne peux toujours pas emménager. La ferme est laissée vulnérable et subit des dégradations et des vols. Je passe mon temps à renforcer la sécurité : clôtures, barbelés… Autant de moyens de protéger ce lieu, que je ne peux pourtant pas habiter. Cette année-là, je fais également mon stage de BTS dans une ferme engagée, et c’est une expérience formidable. Je découvre des méthodes novatrices et m’implique dans l’auto-construction. Avec les autres, nous perfectionnons un outil motorisé en électrique, et j’y trouve même un terrain pour développer mes propres idées, mes propres techniques. Chaque étape me rapproche un peu plus de ce rêve d’autonomie et de résilience.
2020 – Le Confinement et la Résilience
2020 est l’année des défis, mais aussi des victoires. Les démarches administratives s’éternisent, et ce n’est qu’en mai que je peux enfin signer l’acte de vente, à distance. Mais avec le confinement, je ne peux même pas m’y rendre pour en profiter. Ce contretemps pèse lourd, et un burn-out me rattrape en avril. Je tente de garder le cap, mais en juin, un coup de massue me frappe : mon disque dur externe tombe en panne, emportant avec lui tous mes cours, mes notes, mes photos, les traces de tout ce parcours. Tout mon travail pour le BTS semble perdu, et avec lui les souvenirs précieux de chaque étape.
Malgré tout, je décide de ne pas renoncer. Cette année-là, beaucoup obtiennent leur diplôme sans passer les épreuves à cause du COVID, mais il est hors de question que je décroche mon BTS sans avoir fait mes preuves. Je demande à passer les examens en septembre, avec pour seule motivation de prouver que je le mérite vraiment. C’était un moment éprouvant, alors que j’étais encore en convalescence du burn-out et sous traitement. Mais j’ai tenu bon, et en octobre, j’obtiens enfin mon diplôme. Ce n’est plus seulement un bout de papier : c’est le fruit de ma persévérance, la preuve que, peu importe les embûches, je peux avancer.
2021 – Une Année d’Apprentissage et de Résilience
L’année 2021 commence avec une nouvelle opportunité. Bien que le COVID nous contraigne tous aux masques et à la distanciation, je décide de m’inscrire à une formation en "Premiers gestes de l’Agriculture Biologique" au CFPPA de Fondettes, en Indre-et-Loire. Le niveau est basique, parfois répétitif de ce que j'avais vu en BTS, mais les ateliers pratiques apportent une dimension nouvelle et fascinante. Ici, je suis plongé dans le concret : m’occuper de brebis, analyser le sol d’un bois ou d’un champ, gérer des serres de maraîchage et même prendre soin des ongulés. Travailler aux côtés de formateurs passionnés, eux-mêmes fermiers et amoureux de la nature, est une expérience précieuse. J’apprends à manipuler des outils, à respecter des consignes de sécurité, mais surtout à poser les bonnes questions. Cette formation me donne confiance et nourrit mon envie de transformer la ferme en un lieu vivant, autonome et respectueux de la biodiversité.
En parallèle, le COVID m’empêche souvent de rejoindre la ferme, bloqué par les restrictions de déplacement. Pendant ce temps, la propriété reste sans surveillance, et malheureusement, elle est visitée à plusieurs reprises. En installant des caméras de chasse, je découvre avec amertume que des inconnus, chasseurs ou voyageurs, entrent sur mes terres. Ce sentiment d’intrusion est un coup dur, une violence silencieuse qui s’insinue. À chaque trajet vers la ferme, j’ai une boule au ventre, appréhendant ce que je vais y trouver.
L’aventure des Outils et du Tracteur
Petit à petit, j’essaie de rassembler les outils nécessaires pour redonner vie à la ferme, tous financés de ma poche pour rester sans dettes. Je me rends aux quatre coins de la région : dans le Maine-et-Loire, le Loiret, l’Indre-et-Loire, le Loir-et-Cher, et même jusqu’à la Vienne. Ce sont de longues distances, mais je me sens plus proche de mon projet à chaque nouvel outil ramené. Finalement, je mets la main sur un tracteur. Aller le chercher, puis le ramener par la route à 20 km/h, est une aventure en soi. Plus de 20 kilomètres, un trajet interminable mais victorieux. Ce tracteur est le symbole de mon indépendance, même s’il me donne du fil à retordre. À peine arrivé, je découvre un bricolage électrique bancal, un préchauffage au gasoil mal monté… Je passe du temps à tout remettre en ordre, à acheter les pièces compatibles, mais le jeu en vaut la chandelle.
Été 2021 – Défrichage et Première Clôture
En août, je démarre un travail colossal avec mon père : le défrichage de cette "jungle" qui recouvre le terrain, visible sur Google Street View avec ses ronces et ses arbres enchevêtrés depuis 2016. À raison de deux à quatre jours par semaine, nous avançons lentement mais sûrement. La tâche est ardue, les muscles douloureux, mais les petits moments de répit sont précieux, comme ces pauses à griller des saucisses au feu de branches. Ce n’est qu’en mars 2022 que nous achevons ce chantier. Ce défrichage révèle peu à peu le potentiel de la terre qui dormait sous cette végétation sauvage.
À la fin de l’année, je m’attèle à la clôture d’un hectare, entourant le futur jardin-forêt. Une tarière thermique nous aide à creuser les trous, une fatigue en moins, et dans la foulée, nous préparons également les emplacements des 64 fruitiers que j’avais fait pousser patiemment dans ma pépinière. Le 23 décembre, une livraison particulière arrive : la serre que j’avais commandée. Mon cadeau de Noël, prêt à accueillir semis et plantes pour la prochaine saison.
En 2021, la ferme est toujours confrontée aux défis du quotidien. L’une des premières réalisations fut la construction des toilettes sèches. Avec les vols de câbles électriques et de cuivre, l’électricité et l’eau étaient absentes des habitations, mais ces nouvelles toilettes répondaient à une nécessité immédiate. Pour renforcer la sécurité et prévenir les intrusions, j’ai installé des caméras supplémentaires et des éclairages autonomes. Ces équipements me permettaient de rester plus longtemps sur place, malgré la contrainte des journées d’hiver courtes et un trajet d’une heure pour rentrer, souvent sous vigilance que les animaux sauvages traversent la route d'un coup. J’ai trouvé une vieille caravane à installer dans la grange pour avoir un point de repos sur place. Malheureusement, lors du chemin retour pour ramener la cravane, mon fidèle Kangoo a montré des signes inquiétants et a finalement rendu l'âme à seulement 3 km de la ferme. Perdre ce véhicule, essentiel à mes déplacements, a été un coup dur, surtout financièrement.
Malgré cela, les travaux ont continué. Nous avons commencé à vider les maisons laissées en désordre par l’ancien propriétaire, qui avait accumulé des déchets à l’intérieur comme à l’extérieur. Après douze voyages à la déchetterie, nous avons dégagé les pièces principales et la grange, transformant enfin ces espaces en lieux fonctionnels et moins encombrés. Pourtant, il restait encore du travail de tri à accomplir.
Pendant cette période, la solidarité entre voisins s’est révélée précieuse. Alexandra, une voisine élevant des chèvres et gérant un refuge pour chèvres de réforme, m’a aidé avec son tracteur pour déplacer de lourds outils. En échange, je l’ai assistée dans la récolte des bottes de paille et j'ai pu récupérer du fumier de chèvre, échangé contre des légumes. Cette entraide a été un soutien précieux.
Début 2022 – Une Ferme Prête à Grandir
Les tempêtes de janvier et février me retiennent d’installer la serre tout de suite, et j’attends impatiemment que le soleil revienne. Fin février, il est enfin là, accompagné des grues cendrées dont la migration passe directement au-dessus de la ferme. C’est un spectacle sublime, leurs cris résonnant dans le ciel clair. C’est comme un signe, un rappel que la nature est bien là, vivante et inspirante.
Avec mon père et un ami proche, nous installons enfin la serre, et j’en profite pour innover avec un système inspiré du puits canadien pour réguler la température à l’intérieur. Peu de temps après, je plante les fruitiers et les petits arbustes fruitiers. La mare, cependant, est un désastre. Suite aux tempêtes, un arbre s’est abattu dedans, et il y a des années de débris accumulés. Son nettoyage deviendra une priorité pour ramener la vie aquatique sur le terrain.
Pour compléter l’équipement de la ferme, je récupère un gros motoculteur au nord d’Auxerre. Dès les premières mises en marche, son moteur ronronne, prêt à transformer la terre en planches de culture. En le voyant fonctionner, je sens que tous les efforts commencent à payer.
Puis est venu l’été 2022, où j’ai consacré mes efforts à préparer les jardins et à mettre en place des techniques de culture adaptées à la sécheresse. Avec les canicules à répétition, la mare s’est complètement asséchée dès juin, et les réserves d’eau de pluie ont été épuisées dès août. Face à cette pénurie, j’ai expérimenté des méthodes de culture sans arrosage intensif. Certaines récoltes se sont bien développées, comme les tomates, que j’ai arrosées seulement deux fois en saison, révélant un goût très apprécié par les clients. En revanche, d’autres cultures, comme les concombres, ont souffert du manque d’eau. Ma nièce est venue m’aider pour la récolte des graines de courgettes, une expérience enrichissante pour elle et pour moi.
Au mois d’août, j’ai dû jeter plus de 40 kg de tomates au compost, faute de clients disponibles pendant les vacances estivales. Cela a été une grosse déception après tant d’efforts. Finalement, en septembre, la demande a repris, et les clients étaient ravis de retrouver les saveurs authentiques des légumes, notamment une cliente surprise de redécouvrir le vrai goût de la tomate. Malgré l’enthousiasme tardif, cela n’a pas suffi pour compenser le travail et les sacrifices de la saison.
En 2023, face à des finances en difficulté, j’ai accepté une mission intérimaire dans la soudure d’armatures métalliques pour béton armé. Ce travail, épuisant et nuisible pour la santé, a gravement affecté mes voies respiratoires et m’a laissé avec une côte fêlée et une épaule endommagée. En parallèle, je continuais à cultiver la ferme, jonglant entre les semis et ce travail à temps plein. Mais l’accumulation de fatigue et les maigres récoltes ont eu raison de ma motivation, et j’ai finalement gardé le peu de récoltes pour moi.
Cette série de défis m’a appris la résilience, même si l’année s'est terminée sur une note de fatigue.
2024, l’année de la réflexion. Me voilà à prendre le temps de repasser en mémoire les années passées, les succès comme les moments plus sombres, les rêves accomplis et ceux encore en cours. Ce chemin, marqué par des passages difficiles, a forgé ce que je suis devenu : quelqu’un de résilient, de tenace, mais aussi d’un peu fou peut-être, ou d’idéalisé, je ne sais pas.
Depuis des années, j’accumule un savoir-faire, une polyvalence nourrie par les expériences de la ferme, par des épreuves imprévues mais formatrices, et surtout par la transmission précieuse de mes parents et de mes grands-parents. Ils m’ont transmis bien plus que des techniques ; ils m’ont inculqué cette manière d’être, cette résilience profondément ancrée, presque instinctive.
Aujourd'hui, je sens ce besoin de donner à mon tour. Toutes ces connaissances, cette énergie investie, ces erreurs et réussites – je ne veux pas les garder pour moi. Je veux transmettre cette vision et ce savoir à d’autres, à ceux qui partageraient cette envie d’indépendance, de connexion à la terre, de construction collective d’un lieu qui dépasse le simple "espace agricole". J’imagine un endroit où chacun pourrait apprendre, partager, et surtout s’immerger dans la nature. Ce n’est pas juste un rêve : c’est le prolongement de tout ce que j’ai entrepris jusqu’à maintenant, un projet de vie que je veux rendre réel avec d’autres.
Je n’ai peut-être pas toutes les réponses, mais l’envie de construire ce lieu avec d'autres, d’y voir une part de chacun, m’anime. Alors, suis-je têtu, fou, ou un peu des deux ? Peut-être bien. Mais je crois que c’est cette dose de ténacité et de folie douce qui donne un sens à tout ça.
L’esprit de la ferme : une invitation à bâtir ensemble un futur résilient
2024 s'achève, une année marquée par des défis et des avancées. La ferme a évolué, petit à petit, avec la conviction que la résilience, l’autosuffisance et la solidarité sont les clés d’un avenir durable. Les bases sont posées, mais il reste encore tant à faire. C’est là que vous entrez en scène, avec votre énergie, vos idées et vos mains prêtes à participer à cette aventure humaine et écologique.
Si vous vous reconnaissez dans cet esprit d'entraide et d'engagement, si vous avez à cœur de contribuer à la transition vers un monde plus respectueux de la nature, je vous invite à rejoindre cette belle aventure. En 2025, les ateliers de la ferme vont s’intensifier, enrichir les pratiques, et créer de nouvelles opportunités pour tous ceux qui souhaitent se reconnecter à la terre, partager des savoir-faire et participer à la création d'un éco-domaine durable.
Chaque atelier, qu’il s’agisse de jardinage, de permaculture, d'autoconstruction, d'élevage, ou de gestion des ressources naturelles, est une occasion de découvrir des solutions concrètes pour vivre en harmonie avec notre environnement. Ce n'est pas juste un simple apprentissage, c’est un pas vers un modèle plus responsable et plus humain.
Mais au-delà des ateliers, ce projet est un lieu où l'on construit une communauté. Ici, les échanges sont riches, les savoirs se transmettent, et chaque geste posé dans le respect de la nature participe à une grande œuvre collective. Si vous ressentez le besoin de vous engager à vos côtés dans cette démarche, ou si vous avez simplement envie de découvrir ce mode de vie alternatif, vous êtes les bienvenus.
Je vous invite à soutenir la ferme dans sa croissance, que ce soit par votre participation aux ateliers, par un soutien financier ou même simplement en partageant cette aventure autour de vous. En 2025, les projets continueront à se développer, et j’ai besoin de vous pour aller plus loin : ensemble, nous pouvons aller plus loin dans la construction de ce lieu, faire de chaque difficulté un tremplin et créer, pas à pas, un futur plus solidaire et respectueux.
Le chemin ne sera pas toujours facile, mais il sera toujours enrichissant et gratifiant. Rejoignez-moi dans cette aventure et devenons ensemble les acteurs d’un changement profond. **Si vous vous sentez appelés par cette démarche, j’ai hâte de vous rencontrer et de construire avec vous un avenir plus durable et harmonieux.**
L’avenir commence ici, à la ferme, et je vous invite à en faire partie.
À bientôt pour partager ce projet qui est bien plus qu'une ferme : un lieu de vie, d'échanges, d'apprentissage et d'espoir.
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